Le couteau seul…. Sé kouto sèl…

En fouillant dans la bibliothèque oubliée de ma manman chéwie ( = ses archives), j’ai découvert un livre (et des photographies) très enrichissant (édité en 1982) : Le couteau seul…,La condition féminine aux Antilles, Volume II : Vies de Femmes (Auteurs: France Alibar et Pierrette Lembeye-Boy).

Je n’ai pas pu résister à l’idée de vous faire partager une partie de ce que j’ai sous la main.

Présentation

Le second volume du Couteau seul, permet une connaissance encore plus poussée des Antillaises : femmes d’une extrême pudeur, véhiculant des tabous principalement sexuels dus à une éducation répressive, élevant leurs enfants à la force des poignets dans des conditions économiques difficiles… : un géniteur souvent absent, une intense solitude, des problèmes de couleur, de langue, une histoire traumatisante qui pèse lourd dans l’inconscient général…

Ces paroles de femmes qui ont accepté de dévoiler le plus intime d’elles-mêmes, amènent le lecteur à se poser des questions essentielles: qui sont-elles? Les Antillaises ne nous sont-elles pas étrangères ?

A la lecture, on saura qu’il n’est pas toujours facile d’être Antillaise.

Le mérite de ces deux volumes n’est-il pas d’inciter à une meilleure compréhension entre les sexes ?

Extrait

Un conditionnement à la violence ?

Aux Antilles, existe, semble-t-il, une espèce de consensus social à ce comportement qui ne peut se développer qu’à la faveur d‘une éducation différenciée pour filles et garçon, des modèles familiaux intériorisés, des complaisances de l’entourage et de la complicité inconsciente des femmes; nous avons essayé de la saisir :

l’éducation favorise la soumission des filles et des garçons à la Loi des adultes, des femmes à la Loi de l’homme.

Quand les enfants terrorisés assistent à une scène de violence – il peut s’agir des voisins- il est très rare que la femme ait le dessus. La petite fille intériorise l’idée que la femme est toujours victime et ne peut se défendre; de même, le petit garçon se souviendra qu’il fait partie de ceux qui dominent : à la femme qui garde un statut d’enfant, il s’agit d’imposer une loi « naturelle », la Loi de l’Homme!

[…] L’homme violent passe pour un excellent amant dont la femme ne peut se passer; l’opinion courante est que si une femme battue reste avec son compagnon, c’est qu’elle y trouve une forte compensation sexuelle. (…)

Ce que les femmes battues nous ont dit s’inscrit en faux contre ces assertions; la femme subit la violence, puis elle subit le viol; il est vrai que tout ce qui intéresse cette catégorie d’hommes, c’est « pwenté » « fouré fè »; elle n’y trouve pas son compte ; le brutal est brutal en amour.

Ce n’est donc pas pour cette raison qu’elle reste, mais pour les mêmes raisons évoquées précédemment : les enfants, l’argent, l’absence de métier, le qu’en dira-t-on, mais surtout la COMPLICITE de la société : elle cache qu’elle est battue, parce qu’elle a honte pour l’homme et honte d’elle même: elle sait que l’entourage pensera qu’elle a « mérité » sa « correction »;

le seul fait d’avoir reçu des coups fait d’elle une coupable;

cela paraît d’autant plus vraisemblable que cet homme est souvent estimé de son entourage : poli avec les voisin, sérieux au travail…

Elle le cache vis-à-vis des concurrentes : elle qui a été la « préférée » (ndlr : parmi toutes les femmes « disponibles ») se doit de maintenir cette réputation; enfin, elle se tait par peur des représailles; elle n’ose donc partir : « je vais te tuer si tu pars, et quand je serai sorti de prison, je tuerai toute ta famille. »

Au médecin, elle dira donc : « je suis tombée… un voleur m’a meutri le bras en voulant arracher mon sac… » Elle se rend bien compte qu’autour d’elle d’autres femmes sont battues; mais quand bien même elle prendrait conscience qu’il s’agit non d’un problème individuel mais d’un problème de société, elle ne voit pas comment agir.

Donc aux yeux du monde, elle semble s’accommoder de la situation : les violences peuvent continuer !

En réalité, elle survit; du moins, les forces de vie l’emportent sur les forces de mort; elle survit par la négation d’elle-même ou déplace son sentiment de dignité sur un autre plan : bien élever ses enfants,tenir la tête haute, rester « propre », éviter le scandale, mériter d’être plainte, garder l’estime des autres…

Mais à quel prix ?

Terrorisée et angoissée, elle ne « respire » plus que par chaque intermittence: pendant le répit consécutif à chaque « trempe »; pendant qu’il est absent.

Au fil du temps, il lui sera de plus en plus difficile d’essayer de s’en sortir ; sans le savoir, elle est embarquée dans un type de relation sado-masochistes. […] Quelques-unes ont riposté fermement, ressentant que celui qui frappe porte atteinte à la première des dignités: le droit d’être respectée en tant que personne humaine: « je ne suis pas un animal… je suis une grande personne »(c’est à dire un adulte).

[…]Elles se doutent que le violent, incapable de « communiquer », continuera à user du seul langage qu’il connaisse, celui de la violence.

Attendre ou espérer un changement ne sert à rien.

Elever garçons et filles sans discrimination de sexe, prépare plus sûrement…
…A une vie de couple harmonieuse

Notre avis

Qui ne connaît pas l’expression : « Mwen ladjé coq mwen, maré poul zot »

(j’ai lâché mon coq, attachez vos poules) ?

Cette phrase avait été jetée par l’une de mes voisines, alors que j’avais 4 ans et que la majorité des autres enfants du voisinage étaient… des filles. Un garçon, cinq filles, tous plus ou moins du même âge.

Cette femme a donc t-elle élevée son fils à devenir un coq

(= un coqueur/baiseur?!)?

Combien d’entre nous, Femmes, continuons à élever nos hommes à devenir et rester coqs dominant s envers les femmes ? Et nos filles à devenir des poules soumises envers des « coqs » ?

Où est l’égalité dans l’éducation ? Où commence-t-elle ?

Par le type de  jouets que nous offrons ? Aurevoir les balais et autres cuisines et bébé pleureur pour les filles !

Par les mêmes interdits imposés aux filles et aux garçons? « A 16 ans tu n’iras pas en boîte avec tes amis, que tu sois fille ou garçon, c’est la règle. Ton frère ne sera pas plus avantagé que toi parce qu’il a… un pénis ! »

Où commence l’égalité dans l’éducation que nous donnons à nos enfants? Par les préservatifs que nous achetons pour nos fils ET SURTOUT, nos filles?

Où commence l’égalité dans l’éducation que nous donnons à nos enfants?

Voulons-nous réellement la donner ? Et par quel pas commencer le chemin?

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