Moi femme Antillaise Poto Mitan, je démissionne de mes fonctions

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Marvin Joseph / The Washington Post

Je, soussignée, moi, Femme Antillaise, née en Martinique, Guadeloupe ou Guyane, vous annonce, par cette présente lettre,  ma démission de mes fonctions de « POTO MITAN » du foyer (femme pilier qui fait tout pour tout le monde), fonction que j’occupe depuis la nuit des temps au sein de la communauté antillaise.

Ce « CDI Poto mitan » comporte actuellement beaucoup trop de clauses abusives que ma propre vie ne supporte plus et que je n’ai pas envie de transmettre comme modèle à mes fils et à mes filles. Car oui, ce CDI se transmet de femmes en filles. Et nos fils continuent de penser que c’est normal qu’il n’y a qu’une femme pour être poto mitan du foyer et qu’assumer son rôle d’homme et de père est optionnel.

– Assistante maternelle :
– Gestion seule de la scolarité des enfants: Combien de Réunions parents- professeur où je suis toute seule à représenter le chef de famille et celle qui se doit de tout faire pour donner de la valeur et de l’avenir à ses enfants ?Sans oublier la traditionnelle course de rentrée, course suite à un accident de basket trouée, course pour les emmener à la gymnastique, au karaté et au piano….

– Cusinière :
– J’ai beau aimer le curry et le bondamanjak, je n’en suis pas moins la seule autorisée à rentrer dans la cuisine et à faire cuire les lentilles et le ti di riz poisson rouge. J’aurais aimé admirer les fesses de mon homme pendant qu’il cuisine, malheureusement, je suis plus souvent là à admirer son ventre enfler que le reste.

– Femme de ménage :
J’ai beau avoir souvent un balai dans ma main, mais si vous saviez combien de fois j’avais envie de vous le mettre en quelque part quand que vous souleviez vos jambes pendant que je retire la poussière de sous vos pieds. Le balai n’est pas ma propriété, je n’ai pas de prédisposition génétique pour balayer. Vos mains savent tenir « votre manche à balai », tenez donc le mien.

–  Médiateur de la crise :
– J’entends qu’on est mariée pour le meilleur et pour le pire, mais je ne savais pas que la gestion du pire devait reposer sur mon dos. Non, je ne suis pas une pute si je décide de mettre tes affaires dehors parce que tu as encore découché. J’ai aimé avoir mon espace à moi toute seule dans mon lit, merci de m’avoir aéré. Une fois de trop.
– Non, je ne suis pas une femme difficile, parce que j’ai dis « non, pas ce soir ».  Et non, me menacer d’aller voir ailleurs si je ne te donne pas satisfaction n’est pas un passe-partout à mon vagin et à mes caresses.

– Miss Monde :
– Oui, mon corps change. Mais le tien aussi. Me proposer de ressembler à Vanessa de 24 ans, Catherine de 21 ans, et Samantha de 16 ans est une insulte envers mon corps de femme. Je ne demande pas à tes cheveux de (re)pousser pas plus qu’à ton estomac de dégonfler. Alors ait un regard plus aimable sur mon corps de femme qui changera, et qui changera en bien si tu me soutiens au lieu de me mettre en concurrence avec des femmes plus jeunes que moi.

– Prêtre
Ecouter tes maîtresses me confesser qu’elles sont avec toi depuis 10 ans et 2 enfants me fatigue. Je ne supporte plus cette vie de famille qui n’en est pas une.



Il paraît qu’étant antillaise, je suis la plus forte dans le foyer, celle qui sait tout gérer parce qu’une femme.

Je suis fatiguée.

Je veux moi aussi :

– Un prêtre :
Pour m’écouter quand je ne suis pas toujours au meilleur de ma forme, ou qu’au travail ça se passe mal. Car oui, je travaille, et je n’ai plus besoin de ton argent pour m’acheter des culottes et des robes. Au lieu de nourrir les centres autos pour parader dans une grosse voiture, viens, partons ensemble en croisière.

– Un assistant maternel :
J’ai envie d’entendre mes enfants me dire qu’ils ont réussi leurs examens grâce à papa qui les a fait travailler car je sais, que ce père, est un père patient, qui est là, chaque soir, pour la réussite de ses enfants. Et qui ne se contente pas de penser à leur avenir uniquement quand il parle de génocide par substitution. Ou qu’il se rappelle que les études, ça coûte cher.

– Cusinier :
J’aime le chatrou, tu sais ? Et les dombrés… sans oublier le féroce d’avocat ou le ti court-bouillon. J’ai envie que tu saches aussi me faire manger de bons plats de chez nous… Car que je sache, la culture de la cuisine antillaise et des bonnes choses, nous les partageons tous les deux. Alors pourquoi n’attendre que sur moi ?

– Homme de ménage :
J’ai envie que tu saches aussi bien que moi t’occuper de la maison et faire la lessive. Dieu soit loué, tous les appareils ménagers fonctionnent avec n’importe quel doigt – homme ou femme- appuyant sur le bouton « ON ». Au fait, merci de ne pas m’offrir le dernier mixeur-batteur-autocuiseur-4 moteurs pour la fête de Noël, la fête des mères, mon anniversaire ou la St Valentin. Sauf si je l’ai demandé, bien sûr.

– Mister Monde :
Tant qu’à faire… Et si tu continuais à me séduire ? Que notre physique change avec le temps est une chose ? Mais l’amour ? Tu sais, ce qui t’a poussé vers mes hanches ? Et si tu m’aidais à continuer à le faire vivre ?

Je ne veux plus être seule, je ne peux plus être seule pour toi, la famille, ta famille, ma famille.

Je démissionne.

Bien cordialement,

Signé : Ex-Femme Poto Mitan attitrée dès la naissance.