La fée Caramel et dire son désir de l’autre à l’autre

Je ne  vous ai pas tout dit au sujet de la Fée Caramel. C’est elle qui m’a appris à ne pas avoir peur de dire mes désirs. J’ai repensé à ça parce que je suis à une période un peu particulière de ma vie, et que j’ai revu une photo de Ma Fée, me rappelant que la vie et ses bonnes choses ne tiennent parfois qu’à un « je veux un bisou ».

Mon meilleur ami m’a dit quelque chose qui m’a bouleversé : qu’il aime chez moi cette capacité à dire ce que je ressens, à un inconnu, à quelqu’un qui me donne envie… sans me soucier.

Ce qu’il pense de moi est à la fois vrai et faux.

La vérité, c’est que je n’avance pas vers l’autre sans sourciller. Je l’observe, je l’écoute, je lui souris, je me déplace près de lui, je touche son bras, je prends son odeur, je le regarde dans les yeux, je lui parle, je le touche si je peux. Je m’approche de lui en essayant de garder la bonne distance…. celle qui permet de ne pas effrayer l’autre, tout en avançant vers lui, en faisant de plus en plus connaissance avec ses sourires, le son de sa voix, son sens de l’humour. Et puis parfois je sens que c’est le moment, je sens que c’est le moment de dire à l’autre « je trouve que tu es une belle personne. » (ndlr : « belle personne » dans tous les sens du terme)

Parfois ça rate méchamment.

Je me suis retrouvée à parler à un mannequin-vigile (oui, ça existe), le tout dans une odeur de pet (houhouhou) parce que quelqu’un s’était lâché à côté de nous. Mes amis essayait de nous faire une photo (histoire de marquer le coup de la rencontre avec le beau gosse…) l’appareil photo n’a jamais fonctionné. Je vous le jure. Il était bloqué. Même la machine a refusé de garder ce type dans sa mémoire. Il était imbu de lui même… Ce qui au début était une simple dragounette de fille, s’est transformé en un « … de toutes façons, tu me dragues parce que tu sais que je suis beau et tu as raison, j’ai une belle gueule… et je sais ce que je vaux… »

De l’homme sûr de lui à l’homme imbu de lui-même… Il n’y a qu’un pas.

Parfois ça rate pas vraiment, mais on se sent con.

A l’époque j’étais à New York. J’y avais fait un rapide tour, histoire de découvrir le monde à 100 à l’heure de la grosse pomme… Je me suis retrouvée à faire les magasins en sandales de plage alors qu’il faisait un gros 12-15 °C (ben wi, j’arrivais plus à marcher avec mes pieds)… Les vigiles Noirs me draguaient… Etant la seule Noire frenchie des parages… je leur paraissais exotiques…

Bref. Tout ça pour arriver à ce gars. J’étais dans une expo qui avait suscité pas mal de polémiques à l’époque. Je ne sais pas combien de temps je suis restée à regarder et à m’effrayer de tout ce que je voyais mais une chose et sure, c’est qu’arrivé à la fin de l’expo, je me suis retrouvée en mode « bave ».

Il y avait ce gars typé latino je sais pas quoi… qui parlait… Français. J’ai halluciné parce que je le trouvais craquant et que son français était exactement ce qu’il me fallait pour l’aborder. J’ai parlé avec lui pendant au moins 30 min. Puis, je suis sortie de l’expo. Et je suis encore tombée sur un mako de Vigile. Le vigile me drague en me disant « You’re french ? Oh…  je voudrais vraiment vous embrasser sur la bouche »… Là j’ai failli lui donné un coup de tête, mais je me suis contentée de sourire et de lui dire  » AHAHAHAH ! merci, je dois y aller ».

J’avais vraiment envie de retourner voir le latino, de lui parler et de lui dire qu »il me plaît. J’étais entre le « putain t’es toujours en train de chercher un problème » et « mon dieu qu’il est beau ».

Le souci c’est que j’étais sortie de l’expo. Je ne pouvais plus y retourner… Sauf que mon mako de vigile était toujours là. Je suis retournée le voir, j’ai souri et je lui ai dit  » OHHH excuse me, just one minute please, I would like to see this » (« This » dit en pointant du doigt je ne sais pas quoi derrière l’épaule du vigile). Me voilà retournée dans la salle de l’expo. Je suis retournée voir le latino, je lui ai baraguiné un « I would like to have your facebook contact, please)… et… Il a sourit, et me l’a donné avec beaucoup d’enthousiasme. Il me l’avait écrit sur un petit bout de papier… Le ticket d’entrée de l’expo pour être exact.

Le problème est que ce ticket était nécessaire pour acheter des photos, des souvenirs etc… Et je ne voulais pas le donner au caissier. Je ne voulais même pas le montrer. J’avais peur que le latino perde son job parce qu’on pensait qu’il draguait une cliente. Le caissier insiste et veut prendre mon ticket. Moi, non, je refuse. Il insiste, je refuse. Il insiste encore, en m’expliquant dans son plus charmant anglais que ce ticket est important pour la commande. Et je réponds, en gardant l’index sur mon ticket, que je veux qu’il prenne uniquement le numéro marqué sur le ticket mais qu’il me le laisse.

Nos voix montent… Puis un cadre, un manager ou je ne sais pas quoi se pointe. Honte. Madame, montrez-moi votre ticket. Ticket montré. Le manager le regarde, le tourne et le retourne. Puis se marre, me redonne mon ticket et dit au caissier de passer ma commande, sans mon ticket.

Je suis soulagée. J’ai honte. Le caissier se dit que je suis folle. Et les enfants à côté de moi me regardent. Je m’en fous, ils comprennent pas ce que je dis… Quoi ? Comment ça leur prof est française ?… Oui, c’était une troupe de petits écoliers français qui avaient tout compris de mon cirque.

J’avais honte mais j’avais le contact de mon latino.

Quelques jours plus tard, au hasard de quelques photos facebook. Je découvris qu’il était « légèrement » gay.

Epargnez-moi le « tout ça pour ça », merci.

Parfois ça marche et ça fait du bien.

On s’était rencontrés grâce à des amis.  J’ai passé la soirée à rire à côté de cet homme, à lui sourire, à faire des blagues un peu louches… Il est beau. Le genre de gars qu’on ne trouve pas forcément à son goût mais à qui on trouve du charme… Le genre de gars qu’on mettrait dans un magazine. Au moment où il devait partir, je lui ai demandé en souriant s’il pouvait « me faire un bisou ». Il s’est penché vers mes lèvres… Nous nous sommes embrassés, tout en dansant pendant 1h. Non il n’était pas sous alcool. Non je ne suis pas plus belle qu’une autre. Oui, ma robe arrive à mes genoux, pas raz-la-foune. Mes amis se demandaient comment on avait fait pour se rapprocher comme ça alors qu’ils avaient rien suivi… Ma meilleure amie s’en foutait et moi je m’étonnais.

J’ai simplement joué ma carte « chance ».

Ce n’est pas une question de physique, ce n’est pas une question d’âge, c’est une question d’humains à humains. Deux êtres humains, aussi différents semblent-ils être, se rencontrent, se voient, et un désir passe parfois. Nous nous devons de l’entendre, de l’écouter, et de le considérer comme quelque chose d’important. J’ai appris – et ce n’est pas facile – à arrêter de penser, de tout calculer sur le potentiel de réussite d’une relation. Je fais mon pas, c’est tout. Ca peut être une danse, une caresse dans les cheveux, un sourire, une blague, un câlin. Quelque soit la forme que prend la carte « chance », je la joue.

La Fée Caramel m’a appris a accepter les belles rencontres de la vie pour ce qu’elles sont : des moments de douceur. J’essaie de ne pas tout intellectualiser, de ne pas tout vouloir cadrer. Ce n’est pas facile. Je subis mes mauvaises vibes, les mauvaises vibes parfois, des personnes de mon entourage. Mais… Je m’en fous. Au final ce qui compte, c’est que j’ai pu prendre en compte mon émotion, mon désir de l’autre, et que j’ai pu le partager. Quelque soit le bouquet final.

Alors oui, être vrai envers soi-même et envers l’autre est un véritable travail et demande beaucoup de temps. Mais la vie offre des cadeaux que nous nous devons de prendre. Nous ne pourrons le faire que si nous osons.

Je vous embrasse fort,

La Tchipie

Publicités