Le Syndrôme de Cirilo: Quand les hommes noirs font et acceptent n’importe quoi pour l’amour d’une femme blanche

Voici un article provenant de Black Women of Brazil. Je trouve cet article intéressant, d’une part parce qu’il nous parle de nos fameuses Telenovelas devant lesquelles nous oublions maris et enfants (effet MARIMAR!), d’autre part, parce que la journaliste met le doigt sur le racisme ambiant au Brésil, et spécifiquement, celui diffusé par les petits écrans.

Les jeunes acteurs Larissa Manoela et Jean Paulo dans la série Carrossel
Les jeunes acteurs Larissa Manoela et Jean Paulo dans la série Carrossel

« Le Syndrôme de Cirilo: Quand les hommes noirs font et acceptent n’importe quoi pour acquérir l’amour d’une femme blanche.

Daniela Gomes partage ses réfelxions au sujet de la populaire telenovela pour enfants, Carrossel, diffusée sur « Brazil’s SBT TV network ». Le site « Black Women of Brazil » a mis en lumière certains aspects raciaux des programmes diffusés quelques mois auparavant. La blogueuse Rosa Estrada a aussi partagé ses réflexions en Janvier dernier.
Dans l’article d’aujourd’hui, Gomes discute des questions raciales abordées dans cette série Carrossel, montrant un jeune, pauvre, garçon noir amoureux d’une arrogante jeune fille blanche, qui est la fille d’un médecin, et qui se pense supérieure aux autres.

Le personnage de Cirilo, l’unique enfant noir du programme parmi les 16 enfants acteurs, est souvent la cible de plaisanteries de ses amis dans la série, mais est particulièrement traité de façon violente par le personnage « Maria Joaquina », la petite fille dont il est éperdument amoureux.

Scène de Carrossel avec les personnages Cirilo et Maria Joaquim
Scène de Carrossel avec les personnages Cirilo et Maria Joaquim

Dans un monde où toutes les personnes seraient traitées d’égal à égal, l’aspect racial de la relation montrée dans la série TV ne serait pas grave. Nous serions simplement dans la situation d’un jeune garçon prêt à tout pour obtenir l’affection de la fille de ses rêves.
Mais le Brésil ne peut guère être considéré comme un pays d’égalité. Dans ce pays où les médias présentent de manière flagrante toute chose blanche comme étant supérieure à  toute autre, l’aspect racial de ce programme TV en dit long.

Dans un post précédent en quatre parties, Black Women of Brazil a également discuté d’une croyance commune partagée par les Brésiliens, blancs et noirs confondus : les hommes brésiliens noirs auraient une préférence pour les femmes blanches. Historiquement parlant, les élites brésiliennes ont aussi propagé l’idéologie du «embranquecimento (blanchiment) » (ndlr : se mettre par exemple en couple avec une personne de couleur blanche) comme un moyen de blanchir la population du pays à la fin du 19ème siècle. Cette idéologie se répandit parmi les Brésiliens noirs qui ont souvent encouragé leurs enfants à fréquenter des  partenaires blancs. Gardez cela à l’esprit pendant que vous lirez l’article suivant et regarderez les vidéos incluses.

Le Syndrôme de Cirilo: Quand les hommes noirs font et acceptent n’importe quoi pour acquérir l’amour d’une femme blanche.

(à l’origine titré Síndrome de Cirilo/Cirilo’s Syndrome) de Daniela Gomes

Il y a quelques jours, le réseau  « SBT TV » a lancé une nouvelle version de la telenovela « Carrossel », un soap opera Mexicain qui a connu un véritable succès quand j’étais enfant. L’une des composantes principales de la série était la passion amoureuse d’une jeune garçon noir pour une petite fille blanche qui n’avait que du mépris pour lui, en raison de son statut social et de sa race.
Dans la version originale, le petit garçon noir, Cirilo, faisait l’objet de toutes sortes d’humiliations, alors qu’il tentait désespérément d’attirer l’attention de Maria Joaquina, qui elle, répondait avec agressivité et violence, faisant ainsi de lui la victime de « bullying » (intimidation violente).

Maria Joaquina détruit des fleurs lui ayant été offertes par Cirilo

J’ai été attristée de lire une histoire relatant que l’auteur (qui est d’ailleurs la femme du propriétaire de la station TV) réalisant la nouvelle version brésilienne de la série, garderait toutes les scènes de racisme, parce qu’elle voulait être fidèle à l’original et croyait que ce serait une façon de montrer un réel problème au Brésil.

Cirilo rêve de la façon dont Maria Joaquina réagira après avoir reçu les fleurs.

Dans le même temps, je me demandais comment l’humiliation d’un garçon noir dans une émission difusée en prime time, sans aucun type de réaction de sa part, pourrait aider à lutter contre le racisme. J’étais encore plus triste de voir mes petits neveux  regardant la série, mais je ne pouvais rien faire. Afin que mes cris de protestation soient entendus, j’ai commencé à m’attarder sur le sujet. Je me remémorais la fois où j’ai découvert la première version de la telenovela, de combien j’avais souffert des injustices commises par la fille et de la souffrance de Cirilo.

Cirilo fait un cauchemar à propos de Maria Joaquina

J’ai repensé à la joie que nous avions ressentie quand Cirilo a gagné à une tombola une voiture motorisée qui était noire, tout comme lui. Il fit une compétition avec un garçon qui était considéré comme le beau garçon de l’histoire, riche, et qui avait une voiture blanche, tout comme lui.
Dans l’histoire Maria Joaquina était amoureuse de ce garçon blanc et se faisait un plaisir de
montrer à Cirilo combien elle et cet autre garçon était égaux et nettement supérieurs à Cirilo. De ce fait, la victoire de Cirilo était un peu aussi la nôtre.

Note de Black Women of Brazil : Dans la scène suivante, notez comment Maria semble irritée par Cirilo, ce dernier recherchant son attention. Cirilo avoue à Maria que bien que les autres filles lui disent sans cesse d’arrêter de « la suivre comme un petit chien », parce qu’elle ne l’aime pas, il continuera à la complimenter. Ci-dessous le dialogue traduit et la vidéo (en portugais).

Cirilo: Maria Joaquina. Salut Maria Joaquina.
Maria Joaquina: Qu’est-ce que c’est ?
Cirilo: Quand je te fais un compliment, les autres filles me traitent mal.
Maria Joaquina: Et ?
Cirilo: Et, même si elles ne me  comprennent pas, je continuerai à te complimenter.
Maria Joaquina: Tu sais, Cirilo. Je pense que tu ferais mieux d’écouter tes amis, tu perds ton temps avec quelqu’un qui ne te donne aucune importance.
Cirilo: Je voulais juste te complimenter.
Maria Joaquina: Je voulais juste te complimenter. (En se moquant)

Maria Joaquine traite mal Cirilo devant les autres filles

J’ai pensé à tous les petits garçons noirs qui ont reçu le surnom de Cirilo à l’école pendant la période de diffusion de la série.  Et j’ai commencé à me demander si cela n’avait pas contribué à développer chez les garçons de ma génération (aujourd’hui des hommes d’une trentaine d’année), le syndrôme de Cirilo.
Ce que je veux dire par là, à travers le syndrôme de Cirilo, est que certains garçons se sentent obligés d’accepter d’être traités comme des êtres inférieurs, parce que cette façon d’être traitée vient d’une femme blanche.

Je ne jugerai jamais les relations interpersonnelles, après tout je ne connais pas le cœur des gens, mais j’ai vu plusieurs hommes noirs être humiliés et acceptant cette humiliation de façon soumise, simplement parce qu’ils désiraient avoir une femme blanche à leur côté.
Je me demande si le comportement montré dans cette « innocente » série n’a pas aidé à façonner les esprits de nombreux hommes noirs résignés qui acceptent d’être appelé « singe » par leurs petites amies, comme s’il s’agissait d’un surnom affectueux.

Dans notre société où le mythe de la « démocratie raciale » continue à effectuer un très efficace lavage de cerveau, où le plus gros problème des Noirs est leur propre identité ou manque d’identité, je me demande si ce n’est pas rendre un mauvais service que de créer une nouvelle génération de victimes de ce syndrôme qui ne contribue qu’à créer une faible estime de soi.

Malheureusement à ce jour, je n’ai pas réponses, seulement des questions, mais je souhaite vraiment que le « Movimento Negro » (mouvement noir) s’active pour demander à cette femme qui adapte la telenovela à la réalité Brésilienne, de contribuer à au moins créer une fin  qui amènerait une réflexion et pointerait l’horreur du racisme dans notre société. »

Source : Black Women of Brazil et Afroatitudes

L’avis des Tchipies : Bon… On  a cherché la fin de la série parce que franchement…! (Thank you Wikipedia) : « Maria Joaquina apprendra à apprécier les choses importantes dans la vie (…) À la fin du roman, elle est forcée d’embrasser Cirilo, qui a battu Jorge del Salto dans une dramatique course de karts ».

Comment diable cette série a-t-elle pu voir le jour ? C’est ça la morale de l’histoire ? Un baiser acquis après souffrance, humiliation, rage, cauchemar… Je trouve ça tout simplement horrible, et quand on sait que c’est une série destinée aux enfants….

La vraie question est : Pourquoi continuer à diffuser ça ?

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