Audrey Pulvar : Femme de personne

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« En une époque où rappeler qu’il y a peu s’achevait un siècle de luttes pour les idées vous range immédiatement sur l’étagère des vieux cons, on se surprend à relire les fulgurances et les colères de celles qui firent du féminisme leur cause. Histoire d’être bien sûr(e) qu’on n’a pas rêvé, qu’un jour, dans ce pays, après des siècles de lutte, la capacité de penser par elles-mêmes a bien été reconnue aux femmes. Naître femme, justement, au début des années 70. Se forger un destin par soi-même, sans compter sur un homme pour autre chose qu’enchanter le cœur, quand on prenait sur soi les efforts et sacrifices à consentir pour réussir sa vie professionnelle et affronter le quotidien. Naître femme donc, se construire, articuler une pensée, défendre des idées, bâtir, pierre par pierre, une carrière, un chemin. Puis se voir brutalement, pour cause « d’amour inapproprié », niée jusque dans sa nature d’animal doué de raison.

Du jour au lendemain, ne plus exister qu’assignée au rôle – subalterne, soumis, forcément soumis – de « femme de ». Se voir démentie la possibilité de penser seule ou de défendre des idées, qu’elles fussent identiques ou pas à celles de l’être aimé. Demander à être jugée sur pièce ? Drôle d’idée ! Vouloir être évaluée pour ses (in)compétences réelles, ses erreurs ou ses succès professionnels ? N’y pensez pas !

Mais le temps passe et voilà que l’on n’est plus « la femme de ». Dans un monde moderne, on imagine que les procès en cerveau manipulé cesseront enfin et que si procès il y a, ceux-ci porteront sur le fond, le réel : la légitimité professionnelle, ou pas… C’est compter sans la laideur d’un temps où plus rien ne tient face à l’excitation d’un « bon buzz ». »

(Article intégral: politiques-publiques.net)