On a parfois besoin de fuguer.

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On a parfois besoin de fuguer. 

Quand j’étais petite, je jouais souvent à « je pars en voyage ».

Je prenais mon sac à dos, ma boîte de biscuits, mon PICSOU magazine, une serviette de bain, un parapluie, mes sandales, ma crème hydratante pour les jambes (je n’aimais pas voir mes jambes blanchies !) je mettais tout ça dans mon sac à dos multicolors (rose fluo, jaune fluo, vert fluo), je me mettais debout dans la porte de la cuisine et je disais à ma mère :

« JE PARS EN VOYAGE, MAINTENANT NE ME DERANGE PAS, JE NE SUIS PAS LA, JE REVIENS TOUT A L’HEURE). »

 Ma mère, généralement en short bleu en train de faire la vaisselle me répondait : »A PLI TA ». 
Et je franchissais ma baie vitrée. 
Je m’installais 4 mètres plus loin, dans la cour, ma serviette de bain au sol, mon parapluie ouvert pour me protéger du soleil, ma boîte de biscuits sur la droite, mon picsou magazine à la page qu’il faut.
Et puis fouté mwen la pé.

Je restais là, allongée, jusqu’à ce que je finisse de lire, de rêver, de regarder les fourmis, bref, je fuguais ma vie et j’étais bien. 

Ma mère n’avait pas le droit de passer la tête par la fenêtre de la cuisine pour me demander….
.. si le soleil ne brûlait pas ma tête…
… si ma boîte de biscuits n’était pas en train de fondre au soleil…
… si je veux une bouteille d’eau… 

En général j’oublais toujours la bouteille d’eau, alors je finissais pas répondre « OUUIIII JE VEUUUX », mais j’étais quand même bougon.
Fallait pas me parler. Lessé mwen trantjil ! 
Ma mère savait qu’il ne fallait pas me parler. Je ne sais pas si je le lui avais dit clairement, en fait oui… 

Je lui avais dit : « quand je pars en voyage, il ne faut pas venir me chercher. Sinon le jeu n’a plus de sens !
Puisque tu es avec moi ! Dérange-moi uniquement si la maison brûle ». 
Je crois que le deal plaisait à ma mère: si elle ne me dérange pas, je ne la dérange pas non plus.
Le jeu convenait donc à tout le monde. 

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En grandissant, j’ai fugué mes études.

 Je ne vous dirai pas tout ce que j’ai fait, le nombre de fois où je me suis retrouvée à dessiner plutôt qu’écrire, à écrire un poême au lieu d’écrire le cours, à penser philosophie au lieu de réfléchir histoire-géographie…
Sans oublier – et ça c’est un vice que je garde partout – le nombre de fois où j’ai entamé un livre pendant toutes mes journées de cours.
Ca c’est terrible. 
Vous êtes calme, studieux, mais complètement absorbé ailleurs.
Au pire que peut-on vous reprocher ? De vous instruire sur autre chose ? 

Rester trop sage m’ennuyait. 

Plus tard encore, toujours absorbée dans les études, j’ai changé de style de fugue.
Je n’allais pas en cours.
 Je vous passe la fois où je me suis retrouvée à faire des brasses un lundi matin à 9h à je ne sais combien de kilomètres et d’arrêts de bus, de mon cours matinal.
La culpabilité a arrêté de me ronger quand je me suis rappelée que le sable coincé dans mon maillot de bain me grattait et qu’il fallait vite que je trouve un moyen de prendre une douche pour le reste de la journée. 

Ah oui, j’avais oublié de vous préciser. J »avais dormi la veille sur la plage avec d’autres amis, sur un coup de tête.

J’avais légèrement prévenu ma famille qu’inhabituellement pour un dimanche, je n’étais pas chez moi à 23h… Que… J’avais pris le bateau avec machin, que  j’étais sur telle plage de telle île. Que j’allais… BIIIIIPP Plus de batterie. 
Ben ouais, j’avais pas vraiment prévenu qu’après coup, je dormais sur l’île machin que je venais de découvrir.

Tant pis. Je le ferai plus tard. 
Rester trop sage m’ennuyait. 

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Des mois plus tôt, j’avais décidé de m’absenter généreusement des cours un matin, un peu par hasard.
Je m’étais réveillée et j’avais découvert une chorégraphie plutôt sympa et à la mode, que j’avais décidé de reproduire. 
Je me suis donc enfermée chez moi, et j’ai commencé à danser et à me filmer pour être sure que je reproduisais correctement les mouvements.
Je m’étais décidé à faire ça pendant 1h.J’ai fini par m’y consacrer… 3 jours d’affilés. 

Mes amies, qui s’inquiétaient car je ne répondais pas à leurs appels (forcément, j’étais en mode silencieux, puisqu’il fallait que je me concentre) on débarqué chez moi, angoissées, me demandant si quelque chose de grave m’étais arrivée. 

J’avais mon sweet à capuche sur la tête.
Mes baskets.
De la musique à fond.Les rideaux tirés.Ma caméra qui tourne. 
Non, j’allais bien. J’avais juste décidé de m’occuper de moi. 

Rester trop sage m’ennuyait. 

Elles en ont ri, m’ont apporté une copie des cours (ce sont de VRAIES amies), et m’ont aidé à me filmer.Mais m’ont quand même dit, de ne pas râter un 4ème jour de cours. Ca ferait suspect. Tout ça pour dire que parfois, nous avons besoin de fuguer.

Nous avons besoin de rencontrer des gens.Nous avons besoin de bouger.Nous avons besoin de nous consacrer à autre chose qu’à « ça » (ça = ce que vous voulez…).
 Et que ces choses, aussi futiles semblent-elles, sont IMPORTANTES.
Pour vous, pour votre santé mentale.

Pour illuminer votre vie. 

Je vous souhaite de fuguer autant de fois que nécessaire. 

Surtout si rester trop sage… Vous ennuie aussi.

 (Grand sourire)

PS: Des fois je fugue aussi en peignant mes murs. Merci aux hommes préhistoriques qui m’ont ouvert le chemin.

 La  Tchipie