Lettre d’une jeune Antillaise à son père (2) #pereantillais

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Cher co-géniteur,

Je te remercie de m’avoir mise au monde mais aussi d’avoir été absent. Ca m’a fortifiée. Aussi jeune que je sois, avoir été confronté au malheur et mal-être que tu m’as fais subir, m’a permise d’être très tôt (et non trop tôt) mature. Le seul effet que je me permets d’avouer c’est que, je remarque, que mes amis masculins sont très importants pour moi et leur soutien me maintiens beaucoup.

J’ai sauté beaucoup d’étapes de la vie d’une adolescente normale et cela se ressent même par ceux qui me fréquentent. Sans cesse, on me répète : « Tu es bien mature pour ton âge » ou « Je comprends pourquoi tes confidents ont tous autour de 28-30 ans ». Surtout ne t’inquiète pas, je n’en suis pas à faire
n’importe quoi ou à rêver d’être adulte avant l’heure. Je vis chaque jour intensément en profitant d’un bel avenir qui se profile (sans toi, encore une fois).

Je ne me le suis jamais demandé, mais aujourd’hui que je t’écris cette lettre, je me demande si cela m’aurait manqué ou si cela m’aurait changé si tu avais été un présent. Toutefois ma vie actuelle me convient tellement que je n’arrive pas à regretter que tu n’ai pas été présent pour moi. Il me reste de longues années à vivre devant moi et j’ai bien peur pour toi que cela se renforce au fil des années. Et puis, tu le sais autant que moi, qu’avec une mère Antillaise, sans père ni mère, belle et forte, tu n’es devenu qu’un être futile qu’elle a su remplacer avec brio. Fière d’elle, fière de lui ressembler dans tous les sens du terme.

Tiens, la fierté. Un sentiment que tu n’éprouveras jamais par rapport à moi.

Mais ne crois pas que je t’ai oublier. Maman m’a dit de ne pas oublier. De ne pas t’oublier pour que tes erreurs continuent à me fortifier.

Je me rappelle du jour où j’avais à nouveau accepté de te revoir : tu m’as dis « Je pourrais crever que tu t’en foutrais » et dans ma tête je me disais que c’était vrai.

Je me rappelle quand tu m’as regardé ce même jour avec ce regard dur et froid qui avait précédé tant de moments difficiles pour moi dans mon enfance et que j’ai simulé une crise d’épilepsie pour rentrer chez moi.

Je me rappelle quand tu as remarqué qu’à chaque rentrée des classes, je remplissais la partie « Mère » et laissait vide la tienne.

Je me rappelle quand tu osé dire que je portais ton nom et que de ce fait, je te devais tout.

Je me rappelle de tous ces moments où tu m’as descendu, insulter, frapper et que j’ai fini par avoir un couteau sous mon lit, une bombe lacrymo dans mon sac d’école alors que j’avais à peine 13 ans.

Tu vois, je me rappelle d’un tas de choses.

Sauf qu’au final..

Je me rappelle d’un homme, mais pas d’un père.

Alors oui, cela me fait bien rire à l’heure d’aujourd’hui quand tu harcèles maman pour avoir de mes nouvelles, quand tu recherches sur Facebook pour que je te parle, parce que même sans toi, j’ai réussi à tenir bon & à devenir une jeune fille/femme correcte qui n’a pas mal tourné. Je respecte ma mère, mon frère et ma deuxième famille. Ca n’a pas toujours été facile, mais depuis que je suis clairement loin de toi, je suis en plein renouveau. Je suis ambitieuse, bosseuse, à l’écoute et je ne fais pas de conneries. Du moins, je ne ferais pas la connerie de te pardonner ou de te reparler.

Et je n’en suis même pas désolée.

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