Il y a 7 ans

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Le 4 avril est une date assez particulière pour moi.

D’abord, il y a l’anniversaire de « ma puce » : Joyeux anniversaire !

Il y a 7 ans, nous avons fêté l’anniversaire de cette puce, en présence de beaucoup de personnes chères à notre coeur à toutes les deux, et en présence de quelqu’un cher à notre coeur, un homme. Un soleil. Beau, grand, tombeur, très beau sourire, intelligent, drôle (j’ai déjà dit très beau ?).

Je me rappelle de quelque chose de très particulier à cette fameuse soirée d’anniversaire. . Ce soir là, il était appuyé près de la porte d’entrée. Je lui ai demandé si « ça va », il m’a répondu deux-trois banalités, et a fini par me dire : « je ne suis pas heureux ».

Ca m’a fait mal. Je n’ai rien dit. Ou j’ai du maugréer quelque chose. Car je ne savais pas quoi lui dire.

Deux mois plus tard, il est mort d’un accident.
Le 4 avril, le soir de l’anniversaire, était la dernière fois que je l’avais vu.

La préparation à l’enterrement a été quelque chose de particulièrement… agressif pour moi.

Je n’étais pas abattue, je n’étais pas en train de sombrer dans le désespoir, j’avais juste envie de frapper quelqu’un. Je n’avais pas seulement envie de frapper quelqu’un, je voulais frapper quelqu’un, de toutes mes forces, de toutes mes forces. Je me rappelle essayant des vêtements pour aller à l’enterrement, j’attendais que quelqu’un me bouscule près des cabines d’essayages, j’attendais qu’on me toise, qu’on me dise quelque chose, j’attendais l’étincelle, j’étais le feu.

Pendant ces 2 jours de préparatifs horribles, j’ai appris une nouvelle qui m’avait retournée.
L’un de nos proches, m’avait appris que, des passants, sur le lieu de l’accident de l’homme-cher-à-notre-coeur, avaient, au lieu de l’aider, décidé de le dépouiller de ses bijoux. En attendant que les secours arrivent.

Ce jour-là j’ai cru vraiment que j’allais faire une crise cardiaque.

Il fallait que je crie, que j’appelle les journaux, que je parle à quelqu’un, que je retrouve les gars qui avaient fait ça. Ma colère montait à un point que je ne peux même pas vous décrire. Plus rien ne comptait, plus rien n’avait de valeur, je ne ressentais rien, rien à part la colère, quelque chose de l’ordre du feu, quelque chose de destructeur.

Et croyez-moi, j’étais prête à détruire tout et n’importe quoi.

Je me suis retrouvée assise dans un salon de coiffure. Complètement hermétique à mon entourage. Et puis il y avait ce petit garçon, ce petit garçon qui apprenait à écrire des « e’.

Oui, des « e » comme la lettre « E ».

Il en faisait de toutes les sortes. Des grands « E », des petits « e », des « e » accents grave, des « e » accents aiguë, des « e » crochus, des « e » malades, des « e » handicapés, des « e » en veux-tu-en-voilà, des « e ».

Il en parlait à tout le monde, et tout le monde assistait à son apprentissage du « e ».

Jusqu’à ce qu’il nous ponde un « e » à l’envers. Un « e » que personne n’avait jamais vu de son existence. Sa maman lui a gentiment fait remarqué que ce « e » là n’existait pas.
Il s’est fâché ! Et il a insisté : »oui, la maîtresse nous a appris ce -e- là ». Et il l’a refait, encore PLUS GROS, pour qu’on puisse bien le voir ! Epi diy’ an bagay !
Ca m’a fait rire.

Il avait l’air plus en colère que moi. Il était assis à côté de moi et nous avons commencé à parler. Je lui ai dit que je ne sais pas si ce « e » là existe, que des fois les adultes sont grands, mais qu’ils ne savent pas tout, mais que je veux bien le croire s’il est sûr de lui. Je lui ai juste dit de vérifier dans quel mot il mettrait ce « e » à l’envers, pour être sûr.

Nous avons parlé, j’ai dû dessiné un truc (un crabe à 5 pattes, moche, vilain, et borgne) et lui m’a dessiné quelque chose en retour. Et nous avons fait des dessins les plus affreux l’un et l’autre, nous étions contents, sa colère était en train de passer.
Et par je ne sais quel miracle, la mienne aussi.

Plus je passais du temps à côté de cet enfant, qui était triste et en colère parce que le monde ne le comprenait pas, plus j’essayais de le comprendre, et de l’apaiser à ma façon… Plus, je me rendais compte que finalement, j’étais comme lui. Et que je m’apaisais avec lui.
Il avait besoin d’attention, d’écoute, de comprendre que le monde n’est pas contre lui, et qu’un jour il apprendrait à faire son « e » à l’endroit.

J’avais besoin d’attention, d’écoute, de comprendre que le monde n’était pas contre moi, et qu’un jour, j’arriverais à surmonter cette colErE (avec 2 grands « E ») que je ressentais en moi.

Vous savez quoi ? Le pire dans l’histoire, c’est que personne, personne n’avait dépouillé l’homme accidenté. Dans la colère, tout le monde s’était raconté des horreurs qui n’étaient que des Erreurs.

J’ai appris que la colère a ses raisons d’être. Mais si cette colère me consume, si cette me fait voir le monde qui m’entoure mal, si cette colère me rend agressive même envers les inconnus, si cette colère me fait croire que je suis forte, plus forte que les autres, alors je suis dans le faux. Alors, je suis aveuglée.

A moi de m’asseoir à côté de ma colère avant je ne devienne mon propre poison. Et que je perde ce que je voulais gagner.

Et la prochaine fois que quelqu’un me dira « je ne suis pas heureux », j’espère que je ferai comme avec ma colère, que je m’assiérai, et que je prendrai le temps, de parler, d’écouter, d’essayer de comprendre.

Qui sait ce qui arrivera à cette personne demain ?

Des bisous,
Un plus gros encore pour ma doudou,

La Tchipie,
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