Quand nos hommes antillais nous parlent… Ecrit 2 : « les hommes de mon pays me déçoivent, le machisme est omniprésent. »

J’ai demandé à des hommes avec qui j’ai déjà eu la chance d’échanger au cours des derniers mois un témoignage. Ces hommes m’envoient des articles, m’ont transmis des témoignages, m’ont fait rire.

La question posée :
J’aimerais que tu m’écrives sur ce « qu’être un homme » pour toi aux Antilles. Tu peux me l’écrire en poésie, ou autre, juste quelque chose qui sort de ton âme, dans la plus grande sincérité.

Aurais-tu le courage de me faire ça ?

Et oui, ils ont le courage.

Merci au second qui m’a écrit !
respect

L’homme :

Je suis une personne atypique. J’ai été élevé par 4 femmes qui ont fait de moi ce que je suis devenu.

La Tchipie : Quatre femmes ! Que s’est-il passé ?

L’homme :

Je suis un métis (indien par mon père et ma mère est 1/3 chinois, 1/3 béké et 1/3 noire), élévé par ma mère adoptive, ma mère et ses 2 sœurs, donc pas de père (du moins pendant quelques années). Elles m’ont enseigné le respect de la femme, et ça vois-tu, ça ne colle pas dans cette société machiste et perverse.

Je ne suis pas adepte de la tromperie, même si cela m’est arrivé. Je ne suis pas fier mais bon c’est fait. Je suis contre la violence et surtout dans le couple. Je ne suis pas un adorateur de la voiture et encore moins du foot, j’ai horreur de ça.

Je me suis toujours senti à part car dans les années 70-80 les choses étaient plus compliquées racialement que maintenant. Les noirs me traitaient d’indien et les indiens de noir, donc pas évident de trouver ma place. Je me suis retrouvé avec mes semblables, les sang-mélés (les autres métis et métisses).

J’aime ma terre mais j’ai toujours été plus heureux loin d’elle. J’ai traîné ma bosse à travers la Caraïbe et l’Europe, et puis un jour après moult péripéties je suis revenu chez moi.

J’ai pris quelques râteaux et je suis reparti vivre ailleurs et mon 1er fils est né et là ma vie a changé…et puis un deuxième fils, un autre petit homme. Au bout d’un moment re-rateau et par la force des choses, retour au pays.

Entre temps, j’ai décidé d’arrêter ma carrière et je me suis formé à autre chose. Après 3 ans et 1/2 de galère, j’ai enfin trouvé un endroit où faire mon trou « en paix ».

Dans ce pays, les hommes de mon pays me déçoivent, le machisme est omniprésent. En majorité les mecs trompent leurs femmes, et trouvent ça normal et ce genre de comportement me désole.

Je ne comprends pas comment la drogue et la violence ont pris le pas dans ce pays au point qu’on tue pour un regard. Les jeunes femmes de maintenant prennent leur peau pour des bd et se font des tatouages en veux-tu en-voilà.

Je me dis que je suis un extraterrestre, perdu dans une galaxie étrangère.

 

La Tchipie : Quelle image souhaiterais-tu laisser à tes enfants ? Quelles leçons ? Et quels conseils ?

L’homme :

J’ai perdu plusieurs enfants à ce jour, plusieurs fausses couches. Je me dis que là où ils sont, ils sont mieux que sur cette terre. Il ne m’en reste que 2 enfants et ceux-là j’ai peur pour eux.

Je suis comme un loup pour eux, je veille sur eux jalousement et gare à qui s’en approche de trop près… mais je sais que je ne serai pas toujours là. Je n’ai que 41 ans et je me sens parfois comme un vieux pèpère quand je vois les jeunes fonctionner.

J’essaie d’enseigner à mes enfants à être respectueux. J’aime ma terre et j’ai envie de la voir changer, mais je ne sais plus comment faire. J’aimerais qu’ils gardent l’espoir, l’espoir en l’avenir, l’espoir en l’être humain mais qu’ils avancent en étant prudents et en ayant le respect en tête.

Respecter chacun sans pour autant se laisser piétiner.

Etre capable de faire face à l’adversité, sans devenir un être aigri. Etre ouvert d’esprit, mais ne pas se laisser enfumer l’esprit. Etre dur et ferme, tout en étant doux.

Tu sais il y a un truc qui me dérange. Je sais qu’il y a plein d’hommes qui te lisent mais peu se manifestent, genre un blog c’est pour les femmes. J’ai des potes qui te lisent, mais ils refusent de commenter, d’intervenir, de se manifester et je pense que je ne dois pas être le seul dans ce cas.

Les femmes qui s’assument font peur et elles dérangent, car elles pourraient donner l’envie aux autres de faire comme elles.

En majorité, les femmes qui s’assument n’ont pas besoin des hommes pour vivre, et les hommes terre à terre (heureusement nous ne sommes pas tous comme ça) aiment avoir le contrôle, sentir qu’ils sont les maitres à bord parce que leurs femmes dépendent d’eux.

La seule idée de ne plus avoir ce contrôle, cette maîtrise dérange, bouleverse leur petits cerveaux, car ils doivent penser que si leurs épouses « prenaient le contrôle » il y aurait des dégâts.

La Tchipie :

Je vois un homme comme un complément, et j’ai envie que quelqu’un m’apporte un plus, en essayant pas de gommer ma personnalité et en étant lui, du mieux que possible. Pour moi, travailler, avoir son avis, vivre, essayer de se dépasser, ne font pas de moi une femme qui n’a pas « besoin » d’un homme… je vois un homme comme un coéquipier, un ami, un roc, un partenaire avec qui partager ce qu’il y a de plus profond en moi (je ne fais pas de blagues sexuelles)

L’homme :

Tout à fait, un partage, un échange, une complémentarité. Pas un rapport de force perpétuel.

La Tchipie : Qu’est-ce que tu souhaites voir de meilleur ?

L’homme :

Un peu plus de fraternité et d’entraide. Pourquoi nous n’arrivons pas à nous fédérer pour avancer ? Quel avenir attend mes enfants ? Pourquoi la solidarité est un vain mot ici ?

Enfant, j’entendais les anciens dire qu’ici c’est « neg kon neg » et je ne comprenais pas. Après avoir traîné mes guêtres ailleurs, je découvre que des gens qui sont moins bien lotis que nous (martiniquais) arrivent à avancer et ici c’est plus compliqué. Les politiciens nous promettent monts et merveilles et une fois élus, c’est chacun pour sa pomme.

Tu dois me trouver sinistre, mais je chercher toujours à comprendre où on s’est perdus. Plus la technologie nous « facilite » la vie, plus on se la complique. Les gens savent de moins en moins se parler, échanger. Et sur ton blog, je retrouve cet échange.