A Chloé qui m’a demandée « Comment peut-on souffrir de quelque chose que l’on a pas vécu ? »

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Un jour que j’arpentais les couloirs d’un hôpital, mes oreilles ont surpris une conversation entre deux médecins : « C’est incroyable ! l’enfant refaisait toujours ces dessins, personne ne comprenait et en fouillant, ils ont compris ! C’était un non-dit de la maman ».

Le médecin en question semblait surexcitée, et après avoir compris quel était l’objet de la conversation, je me suis approchée du médecin, je me suis présentée, et je lui ai dit que j’ai écouté sa conversation, que je trouvais ça intriguant, et que je souhaitais qu’elle me la raconte à nouveau.

Le médecin – enjoué – me raconta donc qu’une petite fille avait pour habitude de dessiner des personnages avec des « zigzags » au niveau du ventre. Elle disait que ses petits personnages avaient mal. Elle s’occupait aussi de ses poupées en y collant du sparadrap au niveau du ventre, la poupée « avait mal » selon la petite fille.
Au début la maman ne s’inquiétait mais petit à petit, elle s’est inquiétée du fait que beaucoup des personnages et jouets de sa filles avaient des « zigzags » et des « bobos au ventre ».

Un psychiatre avait finalement vu l’enfant, et en travaillant avec la mère et l’enfant, ils ont pu remonter à la naissance de l’enfant : la mère avait subi une césarienne. Elle en avait beaucoup souffert. Les zigzags représentaient des cicatrices, les cicatrices de la césarienne de la maman, qui avait donc « bobo au ventre ».

La mère n’avait jamais raconté à sa fille cet événement de sa naissance qui avait marqué, d’une certaine façon, cette femme dans sa maternité. Sa fille, à sa façon, parlait de la souffrance de sa mère. En tout cas, c’est ce que je comprends.
La mère a travaillé avec le psychiatre et sa fille, pour dire les choses.
La petite fille a appris « la vérité » sur les circonstances de sa naissance et n’a plus dessiné de personnages ayant « bobo au ventre ».

Quand j’avais 18 ans, ma prof de philo a tenu un discours que je n’oublierai pas au sujet d’un garçon qui rendait sa mère malade. Il avait 15 ans, il fuguait, n’allait plus à l’école, fumait des joints, et n’avait plus le goût à rien. La mère n’en pouvait plus et dans un dernier élan a décidé de consulter un psychiatre avec son fils.
La dame s’était séparée d’un homme, que son fils considérait comme un père, quelques temps avant. Le fils et le beau-père continuaient à se voir, étaient restés proches, visiblement, la « faille » n’était pas là. Mais où était le vrai père, le père biologique ?

La mère apprit au psychiatre que le père l’avait quittée alors qu’elle était enceinte de son fils. Elle avait eu très mal, pendant cette période avait perdu le goût de vivre, ne faisait plus rien, et attendait que le temps passe… Un peu comme ce que son fils faisait au moment des faits.
Après avoir travaillé avec la famille, voilà ce qui s’est plus ou moins dit (rappelons-nous, c’est du bouche à oreille) : la mère avait eu une profonde tristesse (dépression ?) pendant sa grossesse, quand le père biologique a quitté la mère, et le petit garçon, alors dans son ventre, avait ressenti tout la souffrance de sa maman. Il avait emmagasiné les souvenirs de cette souffrance in utero, sans même le savoir. A 3 ans, il faisait la connaissance de celui qui deviendrait son futur beau-père, et qui, quelque part, deviendrait son « vrai » père, son père de cœur.

Quand la maman et le beau-père se sont séparés, ce garçon alors âgé de 15 ans, avait ressenti une grande souffrance, mais une souffrance encore plus grande que ce qu’il pensait ressentir. Il ressentait une « double » souffrance, celle qui était en mémoire, et celle, beaucoup plus vive de la séparation.

En lisant les livres de Anne Ancelin – Schützenberger, j’ai appris qu’une jeune femme juive avait atteint une 30 aine de kilos (à quelque chose près), à l’âge de 33 ans si mes souvenirs sont exacts ( à vérifier). En fouillant dans son histoire familiale, elles ont découvert que le poids en question de la jeune femme, correspondait au poids de sa grand-mère juive, quand elle avait été retrouvée après avoir subi un camp de concentration. Le poids… Et l’âge ! Les souffrances s’expriment de la façon dont elles peuvent.

Chloé m’a écrit aujourd’hui en me disant qu’elle souffre de réflexions contre les chabines, les métisses :
« je vois de plus en plus sur Facebook des statuts visant les chabines ou les métisses .
je considère que notre société nous a conditionnée a croire que parce que quelqu’un a la peau « chapée » comme on dit si bien aux Antilles ou des cheveux bouclés elle est plus belle ou a plus de portes qui s’ouvrent à elle! Je ne suis pas d’accord!!!!!! Il serait temps que les personnes a peau foncée soient fière d’elles…

Je me souviens encore lorsque j’étais au lycée, il y avait une métisse qui portait un tee-shirt « noir et fière » et les gens se moquaient d’elle… mais pourquoi? elle est autant noire que blanche pourtant et elle en est fière!!!! On m’a souvent dit « les chabines sont sauvages » ou « les chabine chabines ont de vieux caractère » ou pire « les chabines volent les hommes » …

Quelques statuts facebook :
• « Pour être Hôtesse a la Karujet , il faut obligatoirement avoir les cheveux bouclés et la peau claire ???? »
• « En Guadeloupe si tu n’es pas une métisse ou une chabine = TU NES PAS DANS LE GAME ! #TristeRealité mais je ne cesserai de le dire  »

Mes copines pensent que c’est quelque chose qui date de l’esclavage…une sorte de souffrance que le peuple a du mal à encaisser, mais je ne trouve pas sa logique …comment souffrir de quelque chose que l’on a pas vécu ? »

J’ai cherché Chloé, j’ai cherché quelque chose de clair concernant l’héritage des souffrances des descendants d’esclaves, mais je n’ai pas trouvé, mais peut être que quelqu’un de spécialisé pourrait nous éclairer.

• Comme je l’ai dit à Chloé, j’ai l’intime conviction que la souffrance de nos ancêtres se transmet, même si nous n’en avons pas conscience, ce sont des mémoires. Les gens jaloux ou envieux de la couleur de peau ont peut-être une douleur, une douleur dont il n’ont peut-être pas conscience, une douleur qui s’exprime dans la haine de l’autre.

Parfois on ne hait pas l’autre, alors on se hait soi… (cf les femmes et les hommes qui se décolorent la peau), ou les personnes qui ont peur ou qui sont dégoutés à l’idée de se mettre avec une personne de couleur noire. Pour qu’ils ne rejettent pas la faute, il faudrait qu’il sache de quoi ils ont mal.

Je n’ai pas de réponses, mais des milliers de questions :

– Comment acceptaient les autres esclaves, le fait qu’une femme ait un enfant d’un maître ? Un enfant qui naîtrait métisse ?
– Quand cet enfant était issu d’un viol, je suppose qu’une haine était bien présente ; une haine du « blanc » ?
– Est-ce que tous les enfants étaient issus de viol ? Est-ce que certaines femmes utilisaient leurs « atouts » physiques pour tenter d’échapper à cette triste vie ?
– Est-ce que les esclaves noirs étaient jaloux des « gens libres » et autres métissés ?
– Est-ce que les « gens libres » avaient quelque part honte d’être libres ? De savoir que « leur moitié » est condamnée car noire de peau ?
– Est-ce que les femmes métissées étaient jalousées par les autres femmes noires ?
– Est-ce que les hommes noirs ne voulaient pas « être » avec une femme métissée, souhaitant que leurs enfants ne soient jamais noirs comme eux ?
– Est-ce que les femmes métissées avaient peur de faire un enfant noir ?
– Est-ce que les femmes noires n’étaient pas jalouses des femmes libres car métissées ?
– Comment vit-on sa vie quand on est pas un enfant désiré, quand on est un enfant issu d’un viol, est-ce que notre père nous aime ? Est-ce que notre mère nous aime ?

Je n’ai pas de réponses, j’ai mille questions.
Et je suis certaine que ces questions en amèneront d’autres.
Et que des réponses, nous pouvons comprendre la racine du mal.

3 vidéos concernant la psychogénéalogie :

Vidéo 1
http://www.dailymotion.com/playlist/xh62l_apocalyptique00_la-psychogenealogie/1#video=x5ay4d

Vidéo 2
http://www.dailymotion.com/playlist/xh62l_apocalyptique00_la-psychogenealogie/1#video=x5ayi2

Vidéo 3
http://www.dailymotion.com/playlist/xh62l_apocalyptique00_la-psychogenealogie/1#video=x5ayv6

Une fois de plus, je refuse de me relire, donc sorry pour les mots absents.
Je t’embrasse ma puce,

La Tchipie

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