Il était une fois la manawa… qui n’en était pas une.

Il était une fois une femme malheureuse qui vivait en Martinique.
Cette dame avait tout. Disons, qu’on pensait qu’elle avait tout. Divorcée, un fils, elle avait eu la chance de retrouver l’amour après des années. D’ailleurs, son nouveau mari était lui aussi, divorcé, et avait une fille.

Cette dame était rongé par quelque chose de très profond que personne ne connaissait chez elle…
Un jour, une nouvelle femme arriva dans son quartier. C’était une très belle femme. Elle vivait seule, avec sa fille, roulait en BMW, et avait acheté sa maison seule.
Autant vous dire que cette femme avait fait quelques sacrifices pour faire face à la vie, mais qu’elle y faisait face avec la force qu’elle avait en elle.
C’était une femme très calme, contrairement à la voisine volcanique.

Un jour, la belle femme se rendit compte qu’aucune des voisines ne lui disaient bonjour.
Etrange. En Martinique, les gens ont quand même la réputation de saluer facilement, et pourtant…

Il a fallu longtemps pour que la belle femme comprenne ce qui se passait. La femme mariée, qui était sa voisine, avait peur d’elle, elle avait peur qu’elle lui vole son mari. Ah oui, car en Martinique, comme ailleurs, les femmes belles et seules sont craintes et provoquent la peur. Et comment combattre la peur ? En combattant la personne qui la suscite…
Ainsi, sans aucune preuve de rien, la femme mariée était allée voir toutes les voisines pour raconter que la belle femme était en fait, une “manawa”.
Voyez-vous, pour ceux qui ne savent pas, la manawa, c’est une pute, une femme de mauvaise vie.

La belle femme s’était retrouvée isolée de tout le voisinage.

Pire, elle avait appris par hasard, qu’on parlait de son intérieur, de sa vaisselle, des vêtements qu’elle portait…
Mais la belle femme ne désespéra jamais et continua son chemin.

La femme mariée, aigrie très certainement par quelque chose que l’on ne connaîtra jamais, continua à faire sa petite propagande méchante, jusqu’à ce qu’un jour, les autres voisines l’interrogèrent :
– Pourquoi es-tu fâchée contre cette femme ?
– Pourquoi la détester puisqu’elle ne nous a rien fait ? elle ne nous a rien dit ? elle se comporte bien avec nous ?

La femme mariée se fâcha, et arrêta d’aller chez les voisines, celles-ci refusant de la suivre dans sa méchanceté.
Les années passèrent.
La femme mariée avait visiblement quelque chose qui la rongeait au fin fond de son coeur.
Son fils se faisait battre par le beau-père, tous les mercredis.
La fille du monsieur, devenue plus grande, décida de ne plus jamais revenir dans cette maison…

Quant à la troisième fille, parce que le couple nouvellement marié avait eu la chance de faire un enfant, elle se faisait humilier à longueur de journée.
On apprit par hasard, qu’elle avait tenté de se suicider, qu’elle sortait avec un homme qui la battait et l’humiliait, comme le faisait sa mère, et qu’elle ne remet plus les pieds dans la maison de ses parents.

Le couple resta marié 20 ans, puis divorça.

Cette même belle femme avait une autre ennemie, une collègue de travail très envieuse. La première fois qu’elles se sont rencontrées, la collègue avait laissé la main de la belle femme tendue, faisant mine de ne pas l’avoir vue.
Mais la belle femme n’était pas naïve… elle ne dit rien, et se contenta de faire comme si elle n’avait pas vu. Pourquoi cette animosité de la collègue ?

Les jours passèrent et un jeu commença à émerger. La belle femme s’habillait très bien, ce qui lui attirait les compliments de ses autres collègues.
Un jour, la belle femme mit une robe rouge, un rouge éclatant.
Une semaine plus tard, la collègue eu une robe similaire, d’un rouge éclatant.

La semaine d’après, la belle femme se rendit dans une tenue bleu, fabuleuse.
Une semaine plus tard, la collègue eu un ensemble similaire, d’un bleu fabuleux.

Et ainsi de suite, semaines après semaines.
La belle femme avait remarqué ce qui se passait, mais faisait mine de n’avoir rien vu. Jusqu’à ce qu’un jour les autres collègues dirent : mais il y a un problème ! on dirait qu’elle te copie !

La belle femme, sans jamais avoir provoqué la collègue, devint son ennemie juré. Et ce, pendant près de 20 ans.
Un jour, cette femme quitta son travail. Un cancer l’avait rongé.

Elle mourut quelques mois plus tard.

Certains disent, que c’est la vie, nul n’est voué à être obligatoirement heureux. D’autres diraient que ces femme payent leur méchanceté.

Vous savez ce que la belle femme dit : c’est dommage pour elles de ne pas avoir chouchouté leurs foyers, leur bonheur, leurs enfants, leurs relations avec les autres, les collègues, quand elles en avaient l’occasion. C’est dommage qu’elles aient mis toute leur énergie à haïr quelqu’un qu’elles ne connaissaient pas. C’est dommage de ne pas se rendre compte que parfois, nous sommes notre plus grand ennemi.
A vouloir faire du mal aux autres, on en oublie à s’occuper de soi, de sa propre vie, de ses propres rêves… A se croire immortel, et à oublier que le plus important dans la vie, c’est de vivre maintenant, pleinement, en étant le meilleur pour soi.

Mais chacun est libre de faire comme il se sent capable de faire : bien, ou moins bien, dans la haine ou dans l’amour, dans le respect ou dans la méchanceté…

Bisous à tous,

La Tchipie