Il était une fois la petite fille sans ambition.

Il était une fois une petite fille qui avait toujours rêvé d’être une belle étoile dans le ciel.
Elle aspirait, comme cette étoile, à aller le plus haut, le plus loin possible.
Les années passant, cette jeune fille oublia son rêve et se mit à en faire un, un peu plus… Socialement possible.

Elle avait en elle ce qu’on appelle « de l’ambition ».

Le mot « ambition » est parfois un mot très gros, voir choquant pour certains. Ce mot était aussi choquant que de dire « Ta mère la Pute », « vagin », « suce ».
Le mot « ambition » était un mot INTERDIT, PROHIBE, un mot qui apportait la fatalité.

Afin d’éviter que sa vie se transforme en enfer, la jeune fille décida tout simplement de ne plus prononcer ce gros mot « AMBITION », et pour ne plus le prononcer, elle décida de ne plus y penser.

Mais c’était dur, très dur. Très très dur. Surtout qu’au fond d’elle-même, la jeune fille savait qu’elle pouvait aller loin, loin, loin. Très loin.

Afin de lutter contre son AMBITION, la jeune fille décida de s’entourer de gens qui avaient réussi à calmer la leur. Lé ou ka trinin épi chyen ou ka trapé tik, elle avait donc trouvé le bon moyen de ne plus attraper ce parasite.

Elle vécu un début de vie particulièrement festif. Finalement, à quoi servait l’AMBITION ? Ca ne rendait pas plus heureux! se dit elle.

La jeune fille s’était fait une très bonne amie dans le groupe des gens sans AMBITION. Celle ci lui disait toujours : ma fille, tu as fait le bon choix de trainer avec nous, nous sommes des gens bien, nous sommes des gens sans ambition, nous t’évitons les problèmes.

Imagine si tu étais allé aussi loin que la petite étoile de tes rêves ?
Où serais-tu actuellement ?
Tu n’aurais pas connu cette vie de plaisir, cette vie de siwotaj.
Regarde George ! Georges ne serait pas tombé amoureux de toi ! Georges ne peut pas tomber amoureux d’une femme qui a de l’ambition ! Regarde à côté de quel homme exceptionnel tu es passé !

Vraiment, tu as fait le bon choix.

La jeune fille était heureuse, et malheureuse en même temps. Elle avait arrêté ses études le plus vite possible. Après tout comme disait son amie « les hommes exceptionnels comme Georges n’aime pas les femmes ambitieuses ». Elle avait de la chance. Si elle ne s’était pas coupée les ailes, jamais elle n’aurait pu être aimée.

Elle sentait que quelque chose n’allait pas.
Elle se pensait Trop exigeante.

Elle ne savait pas en quoi exactement elle était « trop exigeante », mais elle le sentait. Ou plutôt, on le lui faisait sentir. Quand elle disait à Georges qu’elle aspirait à ce qu’il trouve un « vrai » travail, quand elle disait à ses soeurs qu’elle aspirait à ce qu’elles aient un diplôme à leur 20 ans et non une allocation familiale pour leurs 4 enfants qu’elles élèveraient seules…

Elle sentait que quelque chose de meilleur pouvait être pour elle
Elle sentait que quelque chose de meilleur existait pour elle, et pour les siens.
Elle sentait qu’elle pouvait faire quelque chose de mieux que tout ce qu’elle avait fait.
Elle pouvait être plus que tout ce dont elle s’était contenté à ce jour.

Et pourtant elle n’osait ni appeler les organismes de formation qui lui plaisait, ni faire des démarches pour comprendre la création d’entreprise, ni postuler à droite ou à gauche pour avoir un nouveau poste plus satisfaisant, ni contacter son banquier pour savoir s’il pouvait l’aider à financer un projet, ni aller dans les réunions d’informations, ni se renseigner sur les sujets qui portait le mot « AMBITION » en étendard.

L’Ambition, c’est le mal lui avait-on tant répété.
L »Ambition, c’est le manque d’amour, la solitude, lui avait-on tant répété.
L’Ambition, c’est perdre ceux qui nous aime, ceux qui nous ont soutenus alors qu’on galérait.

Si on ne galère plus, à quoi nous serviront-ils encore ?

Non, il valait mieux continuer à galérer et voir petit.

Un jour, Georges la quitta. Pour une femme plus jeune, plus diplômée. Et qui siwotait souvent.
Tu comprends, lui dit Georges, elle m’apporte beaucoup.

Et puis toi… Ne le prends pas mal mais, tu vieillis, tu n’as pas changé. Tu n’es plus comme avant, et j’ai besoin de challenge, j’ai besoin de quelqu’un qui me stimule. Je sais que tu m’as toujours poussé, mais je ne sais pas pourquoi, c’est en elle que j’ai trouvé cette envie d’aller de l’avant.
Peut-être parce qu’on apprend par l’exemple et que je me suis calqué sur elle.

Et puis, je ne m’inquiète pas pour toi, il y a plein d’hommes exceptionnels, tu en trouveras un.

Georges lui fit deux bo, et s’en alla avec sa nouvelle dulcinée qui elle, n’avait jamais eu peur du mot « Ambition ».

Qui elle aussi avait rêvé d’être comme l’étoile dans le Ciel.
Qui ne s’était jamais entourée de gens qui lui bouchait les yeux.
Qui n’avait jamais essayé de couper ses ailes pour peut-être, trouver un jour, un homme… exceptionnel.

La Tchipie.

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