je suis ce qu’on peut appeler communément une Mulâtresse . A vrai dire c’est assez tardivement que j’ai su  » ce que j’étais « 

Nouveau thème lancé sur facebook : moi, ma couleur de peau, ma beauté, ma féminité et... les autres.
Les lectrices nous livrent leur vécu.
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La Tchipie

Hello la Tchipie !

J’ai suivi ton débat d’y hier alors je veux bien répondre. Pour ma part je suis ce qu’on peut appeler communément une Mulâtresse . A vrai dire c’est assez tardivement que j’ai su  » ce que j’étais  » .

Mes deux parents sont des mulâtres et ont vécu leur enfance de façon différente et cette différence a construit ma vision de ma beauté . Ma mère a vécu aux Antilles petites en pleine campagne et n’a pas été épargnée par les autres enfants de remarques bébète comme : » Pourquoi tu es aussi clair ? Tu es béké en fait ? Qu’est ce que tu mets dans tes cheveux pour qu’ils ne soient pas crépus?  » et j’en passe. Mon père ça été le contraire . Lui a vécu en métropole depuis sa tendre enfance et me disait que les métropolitainES étaient sous le charme de son teint hâlé naturelle et de son exotisme . .
La famille de mon père me disait que beaucoup de personnes vont me jalouser quand je serais plus grande , que j’étais jolie parce que non seulement j’avais un beau visage mais en plus j’avais un joli métissage . Certains espéraient qu’avec les années mon nez deviennent moins négroïde , que ça m’ira mieux et qu’avec les années je reste aussi clair de peau que je le suis . La famille de ma mère ne me disait rien en particulier . Pas de remarques étranges, pas d’idioties de ce genre. Pourtant j’ai quand même l’impression que ma mère est fière d’avoir une petite mulâtresse même si elle ne le dit pas clairement .

Petite ma famille m’appelait affectueusement Tite Chabine ou Chaninette . Curieuse j’ai demandé à ma maman ce que chabine signifiait et elle m’avait répondu à l’époque que les chabines sont des filles avec la peu clair, les cheveux clairs et un nez de noir . Alors dans ma tête j’étais une chabine.
J’ai vite compris que les chabines étaient considérées comme étant de jolies filles dans l’imaginaire collectif Antillais. Dans ma classe les petites filles jouaient dans mes cheveux, s’amusaient à me coiffer et me répétaient sans cesse que j’avais de la chance d’avoir des cheveux  » de blanc » .
Etrangement, on avait beau me répéter à l’école primaire que j’avais de la chance d’avoir des cheveux de blanc et que beaucoup de filles désireraient avoir des cheveux comme les miens , je n’avais jamais de moi-même effectué  » une échelle de valeurs  » en fonction des couleurs de peaux de mes camarades.

Il n’y avait pas de couleur plus belle qu’une autre , ni un type plus beau que l’autre . Il y avait juste des beautés différentes .Il faut dire aussi que dans ma famille , tous mes cousins et cousines ont des types différents et je ne trouvais pas un plus beau qu’un autre .

Au collège les choses on un peu changés . Les garçons ont commencé à me regarder , me faire du charme et j’en était flattée bien entendu surtout que certains me plaisaient depuis un petit moment hihi ! Mais quand je finissais par leur demander ce qu’ils aimaient chez moi, j’avais toujours la même réponse. En plus de mes qualités classiques , j’avais droit à des : Et puis tu as des cheveux longs ondulés , c’est trop beau » ou encore  » tu as une belle peau » ( belle selon eux = claire de peau )
On me ramenait trop souvent à ma couleur, mon type . Maintenant comme mes cheveux sont devenus noir et étrangement mon nez s’est affiné ( Sans pince à linge ahah ! ) on me mettait dans la catégorie Mulâtresse . C’est drôle de constater que ce sont les autres qui choisissent ce que tu es .

Au lycée les choses ont encore changés . Au début j’étais un garçon manquée , non pas parce que j’étais complexée de quoi que ça soit mais j’adorais m’habiller comme un garçon. Dans ma classe certains garçons m’ont un jour prises un part pour me demander pourquoi une belle mulâtresse comme moi s’habillait comme un garçon que les filles « comme moi » doivent être féminine, mettre des jeans moulant, des décolletés , des talons et du maquillage. Beaucoup de filles aimeraient avoir mon métissage et que je ne faisais pas honneur à ce que j’étais . J’ai halluciné , j’ai même été choquée . Parce que je suis mulâtresse je me devais d’éveiller le désir chez ses chers messieurs. J’ai eu l’impression d’être juste une actrice porno un objet une chose et je détestais qu’on me mette dans une catégorie puis ce que j’estimais que j’étais bien plus que cela .

Je ne savais plus ce que j’étais et ce que je devais être. Je savais que les autres attendaient quelque chose de moi en particulier les hommes, mais je me refusais de leur donner. je me sentais vraiment le cul entre deux chaises . D’un côté ma famille me dit que je suis belle et que j’ai de la chance , de l’autre côté je réalise  » qu’être belle  » signifie devoir s’enfermer dans une catégorie que les autres t’imposent et même être d’abord un objet du désire avant d’être une femme . C’est comme si les garçons s’en fichaient totalement que j’ai le QI d’une moule tant que j’étais  » bonne » et que j’avais  » de long cheveux de blanc » ça suffisait . J’étais mal à l’aise avec cette idée de la beauté . Je ne savais même pas si j’étais belle parce que j’étais réellement belle ou bien parce que mes cheveux étaient  » beaux  » ?

Alors j’ai eu la merveilleuse des révélations : Manman ! Fiche qu’il y a des gens complexés dans ce monde ! Je parle de ceux qui me faisaient des remarques sur mon type et les membres de ma familles qui voulaient m’éclaircir . J’avais de la peine pour eux tous, sincèrement . Je me disais qu’il était fou que les gens pensent comme cela encore de nos jours .

Je me disais que finalement la plus belle des beautés et celle que l’on dégage quand on est soi -même et que l’on est bien dans sa peau . Je n’écoutais plus les remarques idiotes de complexées et je me concentrais sur mes études . J’ai même coupé mes cheveux TRES courts. Ca été le choc pour les autres . J’ai entendu des remarques crétines comme : « pourquoi tu as coupé tes beaux cheveux? On fait ce genre de coupes courtes quand on a les cheveux crépus, pas quand on a des cheveux comme les tient « . A cette question je répondais : Si tu veux de beaux cheveux, tu n’as qu’à en prendre soin, cesses de mettre des conneries dedans et mets de bons produits naturels pour qu’ils soient en bonne santé . Des beaux cheveux sont des cheveux en bonne santés .

Un jour je m’intéressais à un garçon , un Africain je précise et vous allez comprendre pourquoi , et je décide de lui déclarer ma flamme. Sa réponse ? : « Désolée t’es trop blanche pour moi » . J’ai ris aux larmes; C’était le plus beau de tous les râteaux et même un cadeau inespéré . Au final la notion de la beauté change en fonction d’une culture à une autre j’en avais la preuve et cela m’a aussi permis de relativiser . Aux Antilles nous ne sommes pas les seuls à subir les bêtises des catégories de beautés . Ca se fait ailleurs également . Je suis sorties quelques années plus tard avec un autre Africain et il me disait qu’il ne comprenait pas pourquoi les Antillais dénigraient autant la femme noir . Que ce sont elles les plus belles les plus sensuelles . Je n’étais pas son « genre de femme » même si il me trouvait mimi . Ca été ma personnalité qui l’a séduit et ça fait un bien fou de savoir que votre personnalité a été ce qui a fait la différence .

Aujourd’hui je ne me mets dans aucune catégorie et j’interdis aux autres de le faire. Je suis une jeune femme maintenant très féminine quand elle se sent d’humeur et bien dans sa peau. Je prends soins de mon corps, mon esprit en lisant beaucoup , en fréquentant des gens des 4 coins du monde et je suis heureuse . Pour ma santé mentale j’ai totalement détaché du concept de la féminité la notion de couleur de peau et type .

Etre féminine pour moi c’est d’abord être bien dans sa peau et avoir confiance en soi .

Je sais que je suis bien plus que ce que les autres attendent de moi et bien plus que la façon dont ils me perçoivent avec les limites dans leur esprits .