Témoignage de follower n°10 : J’ai été les deux femmes.

J’ai été la femme. La gentille, à l’écoute. Qui s’emmerde. Celle qui ne trouve aucune vertu à faire la lessive, le repas pour deux. Les selfies intempestifs de couples. Celle qui joue à la bonne fille bien éduquée, naïve des maux de la vie, de tout. Celle dont la vie est d’une légèreté aberrante.

J’ai été plus ou moins chouchoutée, plus ou moins déifiée, plus ou moins bafouée, plus ou moins trompée, plus ou moins avec mon consentement.

Parfois, ça m’arrangeait bien.
Les fautes des autres ouvrent les portes des possibilités.

Mais ça, quand on est une bonne fille normale, en jean ou aux sous-vêtements dépareillés, on ne peut ni le dire, ni le laisser voir.

J’ai aussi été l’autre femme.

Je suis entrée dans leurs vies ennuyeuses sans crier gare.

J’ai découvert des hommes meurtris, quelque soit leur âge, leur profession.

J’ai séduit plus que je n’ai été séduite. Je les laisse toujours croire qu’ils me séduisent, qu’ils sont les mâles, qu’ils savent.

J’ai été la femme fragile, la femme dominatrice, la poétesse, la salope.

Je n’ai jamais attendu quelque chose d’eux de l’ordre de la promesse. Je ne me confie pas à eux, je ne suis pas leur chose. Ils savent ce que j’ai envie de dire, je leur laisse croire qu’ils en savent beaucoup, une pirouette et puis s’en va.

Je suis devenue l’autre par hasard, presque comme si je recherchais un accident dans ma vie. Comme s’il fallait provoquer l’impensable.

J’ai séduit des hommes plus âgés que moi, une dizaine, une quizaine d’années. Plus jeunes. Plus ou moins riches. Plus ou moins beaux. Plus ou moins sûrs d’eux.

J’ai découvert que j’ai cette capacité de les rendre fous.
Ils annoncent très rapidement à leur famille qu’ils m’ont rencontré, hésitent à rentrer chez eux pour venir pleurer à ma porte, prévoient de m’attendre quand je ne sais pas où la vie me portera, me parlent de notre vie une fois que l’on sera mariés alors que je n’ai pas eu de demande, se voir faire des enfants quand je ne me vois même pas les présenter à ma famille.

J’ai été la fille qui rend fou. J’ai découvert qu’un me gardait en fond d’ écran de son ordinateur. Je n’ai rien de spécial rassurez-vous. Je n’ai pas de photos de moi à poil non plus. Juste que quand il me regardait il se sentait bien.

Je n’ai jamais eu besoin de pleurer. Pas besoin qu’ils soient là.

Je me sais importante, déjà pour moi-même. Parce que je vis. Je n’ai pas besoin d’avoir un connard sous perfusion de pleurs prêt à courir parce que j’ai des règles douloureuses.

J’ai été celle à qui on demande d’avoir des ordres. Un accident. Un homme à la vie bien rangée qui ne voulait pas de sexe mais qui avait besoin qu’une femme lui ordonne d’être et de faire. Ça me faisait rire, je l’ai fait.
Il répétait 50 fois mon prénom dans une journée, m’envoyait des fleurs.
Et un jour est allé à me dire qu’un de ses fantasmes serait que je rentre chez lui, que je fouille les armoires de sa femme, que je jette ce que je trouve laid, que je brûle tout ça, que je prenne ce que je veux. Je n’étais rien de spécial. Juste une femme qui avait le bon ton de voix, douce au possible et qui le rendait fou. Nous n’avons jamais fait l’amour. Ma présence dans sa tête augmentait. Un jour il a disparu et a fini par m’avouer qu’il avait eu peur, que sa compagne le sentait changé et qu’il avait inventé une relation extraconjugale, ne pouvant expliquer la relation qui le liait à moi.

Pauvre femme vivant avec un parfait inconnu.

J’ai été l’autre femme. Celle qui promettait la jeunesse éternelle à ce vieil homme élégant, compagnon d’une jeune femme très belle. Chaque fois qu’il me voyait il me disait « si j’avais été plus jeune » , et moi je souriais en disant « je sais ».

J’ai été l’autre femme. Celle qui séduit le séducteur. Qui fait semblant d’être à lui. C’est aussi ça être femme, faire croire que l’on est faible d’emblée.

J’ai été celle qui fait jouir sans les toucher. Sans leur raconter du trash, du sale.
Celle à qui on dit « je ne comprends pas que tu aies pu me faire arriver jusque là ». Eux, remplis de honte, hommes à femmes, à se branler parce que je suis juste là. Au bout du fil.

J’ai été l’une parmi tant d’autres. Celle qui rend fou. Celle à qui on achète des chaussures de plus de 700 balles, parce qu’on veut passer du temps avec elle, j’ai pas dit « coucher » Mais être en sa présence.

J’ai été l’autre femme.
Celle qui sans prendre garde séduit un gay en couple avec un ami. Un gay qui dit que s’il était hétéro qu’il serait avec toi, qu’il veut te voir en secret, sans que son petit-ami ne le sache. Qui dit qu’il t’aime. De la folie refusée en bloc.

J’ai été l’autre femme.
Celle qui provoque la rupture par sa simple présence et qui ne voulait surtout pas qu’il la quitte.

J’ai été l’autre femme.
Trois jours avant son mariage. Mariage grandiose au passage.

J’ai été l’autre femme.
Celle à qui le bel homme séducteur demande à être giflé. Celle a qui le bel homme séducteur veut offrir son sexe. Qu’il est à moi, j’en fais ce que je veux. Ce sont ses mots.

J’ai été l’autre femme.
Celle qui rend fou ceux dont la vie est particulièrement chiante, meurtrie et ennuyeuse malgré le nombre de femmes qu’ils ont pu connaître, baiser, malmener, aimer.