Il était une fois une petite fille antillaise qui avait une maman antillaise très triste

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Il était une fois une petite fille antillaise qui avait une maman antillaise très triste. Le problème avec les mamans antillaises, c’est qu’elles ne parlent jamais vraiment de leur tristesse. Alors elles sont fortes, fortes tout le temps. Tellement fortes, qu’on en oublie à se demander si elles ont besoin de réconfort, d’un peu de tendresse ou d’un moment de calme.

Cette maman antillaise avait traversé, comme beaucoup de mamans, des épreuves lourdes pour elle.

Son amour de jeunesse l’avait du jour au lendemain abandonnée. Sans parler, sans lui dire pourquoi il la quittait. On dit que le silence tue.

Mais quand le silence est le silence de l’être aimé…

Dix années ont passés, et cette petite maman antillaise avait trouvé quelqu’un, eu cette petite fille antillaise, puis se sépara.

L’homme antillais qu’elle avait rencontré avait décidé de changer de vie bien avant leur rencontre. Etait prêt à avoir une fille, à construire un foyer.

Cet homme antillais était un homme jaloux qui répétait à cette petite femme de 65 kilos qu’elle était grosse, et bête.

Cet homme antillais entretenait également une relation des plus obscures avec une femme antillaise déjà mariée, avec des enfants. L’une de ces femmes qui vous disent que les hommes sont mauvais mais qui ne vous disent jamais ce qu’elles font de « mauvais » avec les hommes.

En l’occurrence, là, elle avait détruit une famille, permettant à un homme qui avait décidé de travailler à une vie meilleure, de tomber dans des travers dont il ne pourrait jamais se relever.

La maman antillaise avait heureusement un peu d’argent de côté, et s’acheta son chez elle.

Elle était toujours triste.
Elle prit 20 kilos de tristesse. Et essaya de les perdre comme jamais. Elle n’y arriva pas vraiment.

À côté de tout ça, personne de son entourage ne tira une chaise près d’elle pour lui dire : Petite maman antillaise, vas-tu bien ? As-tu envie de parler ? De sortir ? De nous dire ta peine ? De temps pour toi, sans ta fille ?

Rien. Les mamans antillaises sont si fortes qu’on n’a pas besoin qu’on s’occupe d’elles… Surtout quand elles ont des blessures d’amour.

Vous savez ce qu’on dit des hommes. Paraît-il qu’elles devraient le savoir et que la peine s’atténuerait en sachant…

La Maman antillaise perdit également sa meilleure amie. Quarante ans d’amitié explosée dans un accident de voiture contre un camion, un mois de décembre.

La petite fille antillaise ce jour-là compris que les choses allaient être compliquées.

Alors elle commença à parler à sa maman. A lui parler de la beauté de la vie. Elle l’a sorti du lit, pour la frotter sous la douche et l’obliger à sentir l’eau qui coule sur la peau, la vie qui coule sous la peau.
Elle dansait beaucoup autour d’elle, pour qu’elle sente qu’il y a de la vie dans la maison.

Elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour que sa maman puisse exister.

C’était un travail très lourd pour elle.

La maman antillaise eu peur de rencontrer un homme, et continua à élever sa fille, seule.

Parce que les coups portés par ceux qui devaient nous protéger sont parfois si forts qu’ils nous font croire que l’histoire d’hier sera la même que demain.

Cette petite antillaise, des années durant a appris que les mamans antillaises sont plus bonnes comédiennes qu’on ne le croit.
Que ces mamans antillaises ne devraient pas être élevées sans cesse au rang de femmes fortes par la société, comme si aucune cassure n’était tolérable.

Mettre sur un piédestal, c’est aussi une façon de ne pas chercher à voir les yeux de l’autre, son âme derrière des postures de guerrier.

Cette petite fille antillaise appris également que beaucoup de filles, de soeurs et de cousines grandissent en ne parlant jamais de leur faiblesse, de leurs moments « down », de leurs moments difficiles… Comme si dire nous entraînait à être fragile.

La petite fille antillaise se rappelait également que l’on dit que le silence tue, mais ne savait plus très bien des années durant si le silence se contente de tuer celui à qui on ne parle pas…

Ou s’il tue également, dans la foulée, celui qui ne parle pas de lui.

Si tous les silences pouvaient se dire qui sait toutes les violences, toutes les crispations, tous les « cœurs de giraumons » blessés qui auraient pu être évités ou soignés.

Avec Amour,

La Tchipie