Je trouve la vie souvent cyniquement remplie de « signes »

218H

Je trouve la vie souvent cyniquement remplie de « signes ».

Il y a longtemps et en même temps pas si longtemps, je m’étais liée d’amitié avec une voisine, une polonaise, dans l’une des plus grandes villes du monde. Elle était arrivée en France dans des conditions plutôt obscures, et je me suis toujours demandée si elle n’avait pas échappée à un réseau de prostitution.

Qu’importe.

C’était une jeune femme charmante, féline, et bonne cuisinière. Célibataire car elle ne trouvait pas chaussures à son pied, et surtout, tourmentée par une histoire d’amour… Avec un antillais.

Un jour elle me raconta : cet homme, sa vie amoureuse, leur rencontre, le fait qu’elle adorait faire l’amour avec lui, le fait qu’elle avait découvert qu’il avait une compagne enceinte de lui, et qu’elle l’avait découvert par hasard, en sonnant à sa porte à lui.

Je n’ai pas posé de questions, ni sur la fréquence de leurs rencontres, ni sur les mensonges qu’eux deux se faisaient sur leur vie personnelle, ni sur le fait qu’elle n’avait jamais vu qu’une femme vivait dans le même logement que lui. J’écoutais. Ils avaient eu 2 ans de relation, elle était tombée follement amoureuse de lui et avait été déçu. Tout ça était d’une banalité crasse.

Elle m’avait laissée entendre qu’elle ne revoyait plus l’homme. Et dans ses balbutiements, j’avais compris qu’elle ne le revoyait pas, mais qu’elle communiquait toujours avec lui.
Quelque chose m’intriguait.

Les mois passant, nous n’avons plus reparlé de cette histoire, elle me racontait sa vie, moi la mienne, nous mangions bien, et avions pas mal de nuits blanche à notre actif. #mojitos

Alors que je devais partir en vacances, je lui ai fait gardé mes plantes. Je n’ai pas la main verte, je tue presque tout ce que je fais pousser, et pour une fois dans ma vie, j’avais conservé quelques plantes dont j’étais plutôt fière. L’une d’entre elles m’avait été offerte par ma maman, et bizarrement, j’y tenais comme à la prunelle de mes yeux.

Les consignes étaient simples : un peu d’eau.

Trois semaines plus tard, j’étais de retour, de bonne humeur, et avec une folle envie de récupérer mes plantes.

Elles étaient toutes mortes.
L’une d’entre elles, conservées dans un peu d’eau avait été jetée par inadvertance.
Je n’avais plus rien à récupérer.

Cet événement aussi anecdotique soit-il m’avait mise en colère.
Et je trouvais ça tellement stupide, que je n’arrivais pas à parler de ça à ma voisine.

Nos rapports se sont espacés, je ne l’appelais plus, ne répondais plus à ses appels, et la fuyais. J’avais juste besoin qu’on me laisse le temps que cette gêne disparaisse. Je trouvais mon malaise stupide, et je voulais que ça cesse.

Un soir, de retour de je ne sais quoi vers minuit, je me suis mise à réfléchir comme s’il s’agissait de LA décision de ma vie, du trottoir qu’il me fallait prendre pour rentrer chez moi. A gauche ou à droite ? Va pour la droite.

J’ai traversé la route, et là : ma voisine la polonaise, côte à côte avec un homme. Un homme noir.

Je ne sais pas pourquoi, j’ai commencé à fixer l’homme de dos.
Ma voisine s’est retournée pour voir qui marchait, est venue me dire bonjour, l’homme s’est retourné vite fait et à continué à marcher.

Je fixe toujours l’homme et j’obéis à mon instinct qui me dit : marche à son rythme, arrive à sa hauteur.

C’est ainsi que j’ai découvert que l’homme noir, était l’antillais dont elle était follement tombée amoureuse, homme que je connaissais assez bien accessoirement, pour avoir mangé chez lui et sa compagne, joué avec son enfant quelques semaines plus tôt.

Il a poussé un grand sourire, était gêné comme pas permis, je ne lui ai posé aucune question, nous nous sommes fait la bise, il a été cordiale comme jamais, je suis rentrée chez moi, ma voisine est rentrée avec son homme.

Je me suis écroulée arrivée chez moi. Je connaissais très bien cet homme, son entourage également. J’aurais préféré ne pas l’avoir croisé dans sa vie intime. Il avait fait des choix qui ne me concernaient pas. Je me demandais à ce moment là s’il était nécessaire de dire ou de ne pas dire que je l’avais croisé à qui de droit. Je réfléchissais également aux conséquences.

Après avoir longuement réfléchi, j’ai décidé que sa vie ne me regardait pas, et qu’il était assez grand pour savoir si son choix était à poursuivre ou pas.

J’ai appris quelques semaines plus tard que l’homme avait définitivement quitté la polonaise et avait confié à ses proches qu’il m’avait croisé. Visiblement, notre rencontre l’avait rendu mal à l’aise.

Et la polonaise ? Elle aussi mal à l’aise de savoir que je connaissais cet homme beaucoup plus qu’elle ne pensait, avait eu beaucoup de mal à venir me reparler. Mais tout ceci n’est pas ma vie.

Si cette histoire anecdotique de plante n’était jamais arrivée, j’aurais continué à être amie avec cette femme, et peut-être me serait peut être retrouvée un jour au coeur d’un secret que je n’avais vraiment pas envie de savoir, divisée entre mon amitié pour cette personne, et le mal secret qu’elle faisait à des gens que j’aimais.

De tous les hommes dans cette grande ville qu’elle aurait pu connaître, je n’ai jamais compris comment la vie avait réunie ces deux personnes de mes connaissances.
De toutes les voisines que cette jeune femme avait, je n’ai jamais compris pourquoi elle s’était pris d’affection pour moi. Et réciproquement.

Parfois on pense vivre sa vie de femme, ou d’homme, on interfère dans la vie des autres sans le savoir.

Moralité ?

Je n’en ai pas, comme d’habitude. Parfois la vie nous envoie des signes, des indices sur les choses à faire ou à ne pas faire, sur les personnes à fréquenter ou à ne plus fréquenter, sur les lieux à fréquenter, les portes à ouvrir ou à refermer.
Parfois nous n’entendons pas.

Et pourtant…

Bon lundi à tous,

La Tchipie