Témoignage 1 : Je suis un homme antillais et j’ai fréquenté des trans*

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Le débat sur le suicide de la jeune femme trans’ m’interpelle.

Aujourd’hui, il s’agit d’une jeune femme américaine.

Mais chez « Nous » ?
« Nous », Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion…
« Nous ».

Nous avons beaucoup abordé la liberté de vivre sa sexualité – en tant que femmes – l’an dernier.
Bien que nous y reviendrons, je souhaite lancer un nouveau sujet : « identité et sexualité ».

Je fais un appel à témoignage à toutes les personnes qui sont:
– homosexuelles (hommes/femmes)
– transgenres/transexuels
– femmes qui sentent hommes
ou
hommes qui se sentent femmes.

Si vous êtes afro/caribéens ou vivez aux antilles, je vous sollicite d’autant plus.

Je souhaite que vous partagiez un peu de vous avec nous,
votre parcours avec votre entourage,
le regard que vous posez sur vous,
ce qui a changé depuis que vous avez oser dire qui vous êtes,
ce à quoi vous aspirez pour votre vie intime/sexuelle/votre identité.

J’ai mille autres questions, mais celles-ci dépendront de ce que vous livrerez sur vous.

Je publierai anonymement,

J’espère que vos voix permettront, à ceux qui se sentent perdus, d’y voir plus clair, ou de trouver le courage, de s’assumer, de se dire, ou de trouver d’autres voies pour mieux vivre leur vie, en accord avec eux-même.

Et pour ceux qui ont peur d’écrire, je vous invite à créer une nouvelle adresse email (bidon), d’où vous pourrez m’écrire. Assurez-vous toutefois que vous la checkerez car je vous y répondrai.

Vous pouvez m’écrire à tchipleblog@gmail.com

Je vous embrasse tous,

La Tchipie

_____

Voilà un témoignage, rare, qui a suscité beaucoup de débats en interne sur ce qu’est la féminité, sur nos rapports avec les hommes, et notre capacité à accepter un partenaire de vie qui a eu de multiples rencontres, notamment, avec des trans*. Beaucoup de questions se sont posées sur notre tolérance à la différence, et j’irai même plus loin: sur le regard que nous posons sur la sexualité masculine.

Je remercie ce jeune homme qui a eu le courage de parler librement.
J’espère que les internautes débattront eux aussi, et feront part de leurs questionnements.

ladydayblues: yooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo if i woke up to this every morning...

Témoignage reçu n° 1 : Identité et sexualité
« Je suis un homme antillais et j’ai fréquenté des trans*’

Bonjour La Tchipie,

Je t’écris concernant ton appel à témoignage sur les trans*.
Je suis un homme d’origine antillaise.
Je ne suis pas trans* mais plutôt un « allié ».

Mon témoignage va peut-être choquer, mais j’espère au moins qu’il permettra d’ouvrir un dialogue autour de ces questions, notamment dans la communauté antillaise.

Il y a maintenant 15 ans, j’ai rencontré une femme transgenre, Italienne, et nous avons eu des rapports.
C’était purement physique, on n’est même pas restés vraiment amis.
Je me suis alors demandé qui j’étais vraiment et si j’étais homo, puisque j’étais attiré non seulement par les femmes mais aussi par quelqu’un qui bien qu’étant physiquement une femme, avait également un pénis.

Et au bout du compte, et après des expériences plus ou moins malheureuses, j’ai dû accepter la triste vérité : j’étais bien hétéro!

Entre temps j’avais rencontré des trans*, des travs (des travestis c’est-à-dire des hommes qui s’habillent en femmes) et j’avais commencé à comprendre un peu mieux un monde que je ne connaissais pas quelques mois auparavant.

Je viens de Guadeloupe, je n’ai jamais vu de trans* là-bas, et tout ce qui paraît efféminé mais a un pénis est appelé makoumè.

Mine de rien, ce n’est pas si différent ici. Les gens ne savent pas et ne veulent pas savoir, parce que trans est quasi synonyme de « pute brésilienne du Bois de Boulogne. »

Il se trouve que quelques rencontres ont alors changé la donne à mon niveau.

J’ai rencontré une fille trans, française, que je trouvais magnifique et je l’ai draguée ouvertement.
Il a fallu du temps avant qu’on se voie intimement et elle m’a avoué que c’était surtout à cause de la réputation des hommes noirs : elle avait peur d’avoir mal
Nous n’avons pas cliqué physiquement, mais sommes devenus de bons amis.
Et elle m’a parlé de sa vie.
De ses études qu’elle avait eu du mal à terminer puisque son école ne voulait pas d’une trans en son sein.
De ses parents qui lui avaient tourné le dos, sauf son petit frère.

De ses difficultés à finir les fins de mois, qui la poussaient parfois à se prostituer.

J’ai découvert grâce à elle que pas mal de femmes trans que j’avais rencontré auparavant se prostituaient, parce que les boites n’engagent pas de trans*, même avec un diplôme.
Je me suis rendu compte que la phrase de Pierre Perret « nous ne sommes pas racistes pour deux sous mais on veut pas de ça chez nous » fonctionnait à plein.

Ironie tragique:
Son petit frère est mort dans un accident, et ses parents ont repris contact avec elle lors des funérailles.
Il a fallu qu’ils perdent un enfant pour revenir vers l’autre et comprendre qu’une différence ne valait pas le coût de la séparation. C’est mieux que rien je suppose.
Mon amie a trouvé une petite amie, a quitté Paris et on s’est perdus de vue des années, mais elle m’a retrouvé il y a un peu plus d’un an grâce à FB.
Elle a réussi à quitter le monde de la prostitution et travaille comme photographe.
On rigole maintenant de certains trucs de l’époque, qui n’était clairement pas gaie.

Entretemps par internet j’avais rencontré une femme trans en Espagne, avec qui j’ai correspondu pendant plus d’un an avant de pouvoir la rencontrer.

Elle était plus âgée que moi – comme quasiment toutes mes petites amies jusque là – et elle avait eu une vie fascinante.
Elle vivait et vit encore à Madrid, où elle travaille comme animatrice pour aider de jeunes handicapés mentaux.
Oui, elle est fonctionnaire. Elle informe toujours les parents de son état de trans* et elle n’avait jamais eu de souci avec eux à ce sujet.
Elle vit en temps que femme depuis son adolescence.
Son histoire et sa situation étaient tellement différentes de toutes celles que j’avais rencontrées jusque là.

Une vraie enfance, un vrai travail, une vraie vie.

Et je me suis rendu compte que l’Espagne, malgré le portrait de pays non développé qu’on en fait parfois en France, est bien plus avancée que nous sur ces questions sociales.
Nous n’avons pas pu rester ensemble, je commençais à bien travailler, et je ne me voyais pas quitter la France pour l’Espagne sans être sûr de trouver un job.

En fait je n’étais tout simplement pas mûr. Aujourd’hui je ferais un choix différent.

Une chose qui m’est apparue assez vite en revanche était que je n’avais pas honte de m’intéresser aux trans*.
Je n’avais pas de raison d’en avoir honte parce que ce n’était pas des monstres de foire, juste des personnes non reconnues, non acceptées dans notre société.
Et j’ai décidé de ne jamais cacher mes relations, de ne jamais taire ce qui ne devrait pas l’être.

Les gens ne parlent jamais des trans.
Même quand ils en connaissent.

Et ça a pour effet de les faire disparaître un peu plus. De les marginaliser un peu plus. De les différencier un peu plus.
Et c’est quelque chose qui m’insupporte. Non seulement parce que j’ai des amies trans* mais aussi parce que c’est de la pure injustice.
Je ne les idéalise pas, il y en a des sympas, il y a des cons et des connes, mais avant tout ce sont des gens comme les autres, un peu plus touchés par la vie en général.
Et ça me fascine quand même de les voir arriver à se battre quand tant de choses les ont abîmé(e)s.

C’est dur d’expliquer sans entrer dans plein de détails mais l’année dernière, j’ai été 2 fois en Thaïlande.
La 1ère fois que j’y allais, en Avril, j’ai rencontré une femme trans* avec qui je suis resté en contact et quand je suis retourné là bas en Septembre, nous sommes partis ensemble dans la campagne thaïlandaise, où habite sa famille, près du Laos. Pour la plupart des gens, j’étais le 1er Noir qu’ils rencontraient La vraie cambrousse.
(Je pense que je t’en reparlerai parce que la ressemblance avec les Antilles est incroyable).

En Thaïlande les femmes trans*, ou ladyboys (LB), font partie de la société.

Elles travaillent, elles vivent normalement. Certaines sont dans la prostitution, mais pas plus que les autres femmes en fait.
Il y a encore des regards bizarres parfois, mais c’est anodin. Il y a une vraie acceptation de la transsexualité là bas.
Et ce voyage dans la cambrousse me l’a montré encore plus. Mon amie était dans son environnement d’origine, et traitée en femme sans restriction.

J’ai tendance à penser que dans les endroits petits et reculés (les îles, la campagne…) on accepte moins les différences que dans les grandes villes, où les gens s’en foutent un peu plus.
J’ai eu la preuve en direct que lorsqu’on ne stigmatise pas une population, elle est traitée avec le même respect que les autres.

Bon j’ai écrit beaucoup, je vais m’arrêter pour le moment, mais on peut en parler, c’est un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire afin que les gens comprennent mieux.

Comprendre pourquoi les hommes qui aiment les trans* n’en parlent pas.
Comprendre pourquoi ils/elles forcent à s’interroger sur notre identité sexuelle (principalement pour les hommes d’ailleurs).

L’appel à témoignage ayant été lancé sur les trans*, je n’ai pas détaillé ma vie passée, je n’ai pas parlé de ma vie « hors-trans ». J’ ai été en couple (et ce n’est pas la première fois) pendant 5 ans, jusqu’au début de l’année dernière avec une femme cis (femme dont le sexe et le genre coïncident, le contraire de trans*).

Je refuse de dire « femme normale » ou « homme normal » comme certaines personnes voudraient. Les trans* sont différentes, pas anormales.
Et pour moi « femme » contient à la fois les cis et les trans.

Mon vrai message serait que les femmes trans* sont des femmes, et les hommes trans* sont des hommes.